Tous ceux qui envisagent un départ à l’étranger ne le font pas par conviction. Il y a souvent un déclencheur concret : une cession d’entreprise imminente, un héritage important, ou simplement la prise de conscience que la combinaison entre impôt sur le revenu, contribution de solidarité et taxe professionnelle laisse structurellement peu de marge. On sous-estime aussi fréquemment qu’un tel pas est bien plus qu’un simple changement d’adresse. Celui qui le comprend tôt peut en tirer un bénéfice considérable. Celui qui le prend à la légère paiera, au moindre doute, plus qu’avant.
Le principe de base : pourquoi la résidence est déterminante fiscalement
L’Allemagne, l’Autriche et la France imposent leurs résidents sur leurs revenus mondiaux. Des taux marginaux pouvant atteindre 45 % sont, dans ces pays, la norme pour les entrepreneurs à succès. Celui qui y est domicilié et y situe son centre de vie doit au fisc une part substantielle de chaque euro gagné, où que ce soit dans le monde.
Le principe inverse vaut tout autant : celui qui transfère sa résidence dans un autre pays et y devient réellement résident relève désormais du droit fiscal local. Le mot clé est « réellement ». Ces dernières années, les administrations fiscales ont fortement renforcé leurs contrôles sur les domiciles à l’étranger. Déclarer une adresse à Dubaï ou à Lisbonne tout en vivant, dans les faits, à Munich ou à Vienne ne passe généralement pas inaperçu longtemps.
Un autre point souvent négligé : l’Allemagne peut continuer à imposer après le départ, notamment via le § 2 AStG. Celui qui s’installe dans un pays à faible fiscalité et remplit certaines conditions peut rester, jusqu’à dix ans, imposable à titre limité sur certains revenus de source allemande. Une analyse fiscale avant le déménagement n’est donc pas une option et doit être accompagnée de manière professionnelle.
Le Portugal s’est imposé, pour de bonnes raisons, comme un point de chute pour les entrepreneurs mobiles à l’international. Le régime IFICI, en vigueur depuis 2024 et souvent qualifié de NHR 2.0, offre aux nouveaux arrivants éligibles un taux forfaitaire de 20 % sur certains revenus de source portugaise ainsi qu’une exonération partielle de certains revenus étrangers. La durée est de dix ans. Pour en bénéficier, il ne faut pas avoir été résident fiscal au Portugal au cours des cinq années précédant l’installation.
Cela concerne tout particulièrement les entrepreneurs percevant des dividendes issus de participations étrangères ou des revenus de licences provenant de structures internationales. Le Portugal combine ces atouts fiscaux avec un cadre juridique stable, l’appartenance à l’UE et une qualité de vie relativement élevée. Ce n’est pas une destination pour tout le monde, mais pour beaucoup une option sérieuse.
Monaco reste ce qu’il a toujours été : un ticket d’entrée coûteux, mais une exonération fiscale assumée. Il n’y a pas d’impôt sur le revenu des personnes physiques, avec l’exception bien connue des citoyens français. Les revenus du capital, les gains d’entreprise à titre privé et les successions entre parents en ligne directe ne sont pas non plus imposés.
Pour demander la résidence, il faut généralement un compte bancaire avec au moins 500 000 euros d’avoirs, une preuve de logement (propriété ou location) ainsi qu’un dossier irréprochable. Cela réduit naturellement le nombre de candidats réalistes. Monaco n’est pas une destination de masse, mais une option pour ceux chez qui l’économie d’impôt dépasse clairement le coût de la vie élevé.
Point important pour les entrepreneurs : les sociétés exerçant principalement à Monaco peuvent être soumises à l’impôt sur les sociétés local. L’exonération vise surtout la sphère privée.
Les Émirats arabes unis sont, pour beaucoup d’entrepreneurs, la première idée lorsqu’il s’agit d’optimiser sa fiscalité par l’expatriation. Pas d’impôt sur le revenu des personnes physiques, infrastructures modernes, forte connectivité internationale. Depuis 2023, une taxe sur les sociétés de 9 % s’applique au niveau des entreprises à partir d’un bénéfice de 375 000 AED. Les revenus privés restent exonérés.
Ce qui est trop souvent sous-estimé : pour les ressortissants allemands, des règles particulièrement strictes s’appliquent lors d’un départ vers les EAU. La convention fiscale germano-émiratie a été dénoncée par l’Allemagne en 2021 et n’est plus en vigueur depuis 2022. Retenues à la source sur les revenus du capital en provenance d’Allemagne, extension de l’imposition limitée et impôt de sortie interagissent ici d’une manière qui peut coûter cher sans préparation minutieuse.
Les deux pays combinent l’adhésion à l’UE avec des régimes fiscaux attractifs pour les nouveaux arrivants. Malte n’impose les revenus étrangers que s’ils sont effectivement transférés dans le pays. Celui qui est considéré comme résident « non-dom » ne paie pas d’impôt sur le revenu maltais sur les gains étrangers non rapatriés.
Chypre, de son côté, exonère les résidents « non-dom » pendant 17 ans de la « Special Defence Contribution » sur les dividendes et les intérêts. Le taux d’impôt sur les sociétés est de 12,5 %, ce qui rend Chypre intéressante aussi comme juridiction de holding. Pour les entrepreneurs qui souhaitent associer sécurité juridique européenne et allègement fiscal notable, Malte et Chypre sont souvent des alternatives sous-estimées aux destinations plus médiatisées.
Découvrir le § 6 AStG trop tard peut coûter cher. La règle est la suivante : celui qui quitte l’Allemagne, a été imposable de manière illimitée au moins sept des douze dernières années et détient plus de 1 % de parts dans des sociétés de capitaux doit traiter ces parts, au moment du départ, comme si elles avaient été cédées à leur valeur de marché. Les plus-values latentes accumulées deviennent ainsi immédiatement imposables, même sans vente effective.
Depuis la réforme de l’AStG de 2022, cela s’applique aussi lors d’un départ vers un État de l’UE ou de l’EEE. Le paiement échelonné sans intérêts, autrefois possible, disparaît dans la plupart des cas. Pour les États tiers comme les EAU, l’impôt est de toute façon exigible immédiatement. Celui qui se trouve à l’approche d’une introduction en bourse ou d’un exit et souhaite en même temps partir peut tomber dans un piège de liquidité considérable.
Une planification anticipée peut réduire la charge. L’apport des participations à une holding avant le départ, l’utilisation d’abattements existants ou certains transferts sont des approches qui peuvent fonctionner selon les cas. Mais elles doivent être mises en œuvre avec un délai suffisant et sur une base juridique solide. Les montages visant uniquement à éluder l’impôt sont contestés par l’administration fiscale.
Cas pratique classique : un fondateur voulait s’installer à Dubaï en l’espace de quatre semaines, mais avait négligé ses 15 % de parts dans une GmbH allemande. Sans restructuration préalable, le simple tampon dans le passeport aurait déclenché une facture fiscale à six chiffres, sans qu’un centime n’entre. Grâce à une solution de holding mise en place à temps, nous avons pu neutraliser la charge fiscale. Ici, le temps est le facteur le plus décisif.
Une résidence à l’étranger ne se valide pas automatiquement. Les autorités fiscales en Allemagne, en Autriche et en Suisse contrôlent de plus en plus si la résidence déclarée à l’étranger correspond à la réalité. Sont pris en compte : jours de présence, contrats de location ou de propriété, localisation du centre de vie familial, présence physique dans l’activité professionnelle, ainsi que relations bancaires et infrastructures du quotidien.
La règle des 183 jours est souvent perçue comme une limite magique. C’est trompeur. C’est un indicateur, pas un laissez-passer. Celui qui passe 200 jours à Dubaï mais conserve épouse, enfants, résidence principale et mandat de gérant en Allemagne reste, aux yeux du fisc allemand, imposable de manière illimitée.
Pour les familles avec des enfants en âge d’être scolarisés ou avec un partenaire peu mobile, cela constitue un défi structurel. Dans ces configurations, une prise de position écrite (ruling) auprès du Finanzamt compétent peut être pertinente avant d’exécuter le déménagement.
Soyons clairs : l’époque où une simple boîte aux lettres au Panama et une maison de vacances à Sylt suffisaient est révolue. Les services fiscaux utilisent aujourd’hui des logiciels qui croisent les données de vols et les dépenses par carte bancaire. Celui qui ne vit pas son départ de manière cohérente s’expose à une accusation de fraude fiscale. Notre recommandation est donc nette : soit totalement, soit pas du tout.
Un changement de résidence s’accompagne, dans de nombreux cas, d’un ajustement de la structure de l’entreprise. Des holdings aux Pays-Bas, au Luxembourg ou à Malte permettent de regrouper participations et revenus de manière fiscalement efficiente. Condition : une substance économique réelle — employés propres, activité effective, objectif entrepreneurial compréhensible.
L’initiative OCDE BEPS et les directives européennes ATAD I et II ont nettement réduit la marge de manœuvre pour les structures sans substance. Celui qui n’utilise une holding que comme station de transit fiscal ne pourra plus le faire discrètement. La substance a un coût et est incontournable ; elle paie toutefois sur le long terme.
En complément, les fondations et trusts peuvent être utiles pour la protection du patrimoine et la planification de la succession. Une fondation privée du Liechtenstein ou un trust de Jersey sont, dans certaines configurations, des instruments adaptés. L’essentiel est qu’ils servent un objectif légitime (gestion patrimoniale, protection familiale ou organisation de la succession) et ne soient pas destinés uniquement à minimiser l’impôt.
Les conventions fiscales visent à éviter la double imposition. Dans la pratique, elles sont souvent source de malentendus. L’Allemagne a conclu de telles conventions avec plus de 90 États, mais les conditions varient fortement. La clause de résidence est centrale : une convention ne protège que celui qui est réellement résident fiscal dans le pays de destination.
S’y ajoutent des clauses « subject-to-tax » qui conditionnent l’exonération dans le pays d’origine au fait que les revenus soient effectivement imposés dans le pays de destination. Ainsi, celui qui s’installe dans un pays qui n’impose pas certains revenus peut, dans certaines situations, perdre la protection de la convention et être de nouveau imposé en Allemagne. Cela exige une analyse soigneuse au cas par cas.
Dans la pratique du conseil, nous constatons souvent que les clients se focalisent trop sur les taux bruts. Mais attention : à quoi sert l’exonération fiscale aux EAU si la famille ne supporte pas les 45 degrés de l’été ? Une destination doit « convenir » non seulement fiscalement, mais aussi au quotidien. Celui qui déménage uniquement pour le pourcentage revient souvent au bout de deux ans, désabusé, et se retrouve alors face à un champ de ruines fiscal.
Celui qui envisage un changement de résidence devrait commencer tôt. Idéalement plusieurs années avant le départ prévu. Durant cette période, on peut adapter les structures de participation, déplacer des actifs et clarifier des questions de droit de la famille. Plus le délai est court, plus la marge de manœuvre se réduit.
Tout aussi important : la bonne composition de l’équipe de conseil. Fiscaliste international, juriste en droit des sociétés, notaire et, le cas échéant, consultant en immigration spécialisé sur la destination cible constituent, dans les dossiers complexes, un minimum. Vouloir couvrir ce processus avec un seul généraliste, c’est sous-estimer la profondeur du sujet.
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Oui. Un simple changement d’enregistrement ne suffit pas. Les autorités fiscales examinent l’ensemble de la situation : jours de présence, situation familiale, patrimoine immobilier et centre effectif de la vie.
Le § 6 AStG concerne les personnes qui quittent l’Allemagne, ont été imposables de manière illimitée au moins sept des douze dernières années et détiennent plus d’un pour cent de parts dans des sociétés de capitaux. Lors du départ, ces parts sont traitées comme cédées fictivement et les plus-values latentes sont imposées immédiatement.
Cette question complexe n’a pas de réponse unique. Tout dépend de la structure des revenus, de la nationalité, de la situation familiale et des préférences personnelles. Le Portugal, Monaco, les EAU ainsi que Malte et Chypre sont des options souvent retenues, mais elles exigent des conditions différentes.