Quiconque conseille fiscalement des entrepreneurs à dimension internationale connaît le schéma : d’abord reviennent les noms habituels : Dubaï, Portugal, Chypre. Malte arrive souvent plus tard dans la discussion, mais devient ensuite très fréquemment l’option la plus sérieuse. La raison ne tient pas à des promesses spectaculaires, mais à la qualité discrète du cadre juridique : appartenance à l’UE, tradition de common law, anglais langue officielle, stabilité politique et un régime fiscal non-dom en place depuis des décennies, sans être ballotté par des débats de réforme annuels.
Cet article explique comment le modèle non-dom maltais fonctionne techniquement, quels programmes existent pour les citoyens de l’UE et les ressortissants de pays tiers, quelles conséquences fiscales entraîne un transfert de résidence, et à quoi il faut être particulièrement attentif en pratique.
Le droit fiscal maltais distingue deux notions qui n’existent pas ainsi en droit continental européen : la résidence fiscale (tax residence) et le domicile (domicile). Alors que la résidence désigne l’endroit où une personne vit effectivement et a l’intention de rester, le domicile décrit le centre permanent et indéfini de la vie. Ce concept provient de l’héritage juridique britannique de Malte : un individu n’a en principe qu’un seul domicile à un moment donné, et le changer exige une rupture complète avec le pays d’origine.
Pour des entrepreneurs internationalement mobiles qui choisissent Malte comme résidence fiscale sans pour autant s’y établir « durablement », cela crée une configuration favorable : ils sont résidents fiscaux à Malte, mais ne sont pas considérés comme y étant domiciliés. Il en résulte une imposition sur base de remittance : les revenus de source maltaise sont soumis au barème progressif jusqu’à 35 %, tandis que les revenus étrangers ne sont imposés que s’ils sont transférés à Malte. Selon les règles maltaises de remittance, les plus-values étrangères ne sont en principe pas imposées à Malte. Dans ce contexte, ce sont des montants en capital qui sont « remittés », et non des revenus étrangers imposables.
C’est précisément ce point qui est le plus sous-estimé en pratique : les plus-values sur titres, ventes immobilières ou autres investissements réalisés hors de Malte ne supportent aucun impôt maltais, que les fonds soient transférés à Malte ou non.
Malte a conçu deux programmes de résidence distincts, qui diffèrent sur un point essentiel : la nationalité du demandeur.
Le Global Residence Programme (GRP) s’adresse exclusivement aux ressortissants de pays tiers hors UE, EEE et Suisse. Les bénéficiaires sont soumis à un taux forfaitaire de 15 % sur les revenus étrangers transférés à Malte. Les revenus de source non maltaise qui ne sont pas transférés à Malte sont totalement exonérés. Les plus-values étrangères ne sont en principe pas imposables. Le minimum d’impôt annuel pour une famille est de 15 000 EUR, indépendamment du montant effectivement remitté à Malte.
The Residence Programme (TRP) est l’équivalent fonctionnel pour les ressortissants de l’UE, de l’EEE et de la Suisse. Ici aussi, le taux forfaitaire sur les revenus étrangers remittés est de 15 %, avec un minimum d’impôt annuel de 15 000 EUR. Les exigences relatives à l’achat ou la location d’un bien immobilier ainsi qu’à la preuve d’autosuffisance financière sont comparables à celles du GRP.
Pour les revenus non remittés ainsi que les plus-values étrangères, le résultat fiscal est identique dans les deux cas : aucune imposition maltaise.
L’efficacité fiscale s’accompagne d’obligations concrètes. Le programme ne prévoit pas d’obligation stricte de séjour minimum à Malte, offrant ainsi une flexibilité totale aux personnes actives à l’international. Toutefois, la condition demeure de ne pas passer plus de 183 jours par an dans un autre État unique et de ne pas y créer une obligation fiscale concurrente.
S’agissant de l’obligation immobilière : en cas d’achat, il faut respecter un prix minimum de 275 000 EUR ; à Gozo ou dans le sud de Malte, le seuil est de 220 000 EUR. À défaut, une location annuelle de 9 600 EUR à Malte, respectivement 8 750 EUR à Gozo, est suffisante.
Il convient également de noter un impôt annuel minimum pour les résidents non-dom ne relevant pas d’un programme de résidence formel : depuis 2018, certaines personnes non domiciliées dont les revenus étrangers dépassent 35 000 EUR et qui remittent moins que ce montant sont soumises à un minimum d’impôt annuel de 5 000 EUR.
La procédure de demande est encadrée : tous les candidats doivent être représentés par un Authorised Registered Mandatary (ARM) agréé, qui prend en charge l’ensemble des échanges avec les autorités et assure la documentation de conformité continue.
Au-delà de la logique de remittance, Malte offre plusieurs avantages structurels supplémentaires, souvent sous-estimés dans l’évaluation globale.
Malte ne connaît ni impôt classique sur les successions, ni droits de succession au sens large, ni impôt général sur la fortune. Il faut toutefois garder à l’esprit que, pour certains transferts causa mortis, notamment portant sur des biens immobiliers situés à Malte, des règles de duty maltaises peuvent s’appliquer. Pour des entrepreneurs disposant de structures patrimoniales complexes et souhaitant transmettre durablement à leurs descendants, c’est un avantage structurel majeur par rapport aux juridictions imposant fortement les successions.
En outre, Malte dispose d’un vaste réseau de conventions de double imposition (CDI), qui joue un rôle important en pratique pour les revenus transfrontaliers et les structures de holding. Pour les entrepreneurs ayant des holdings, des flux de dividendes ou des revenus de licences provenant de plusieurs juridictions, ce réseau constitue une base fiable pour éviter les doubles impositions.
Enfin, la langue est un facteur pratique souvent négligé : l’anglais est une langue officielle et est utilisé pour toutes les questions juridiques et fiscales, ce qui facilite nettement la coopération avec des cabinets internationaux.
Parmi les principales juridictions non-dom en Europe en 2026 figurent la Grèce, l’Italie, Chypre et Malte. Les différences résident dans la structure de l’avantage fiscal et dans le profil des personnes visées.
Le régime de flat tax grec propose un impôt forfaitaire de 100 000 EUR sur les revenus mondiaux pendant jusqu’à 15 ans, indépendamment du niveau réel de revenus. Cela avantage les personnes ayant des revenus étrangers particulièrement élevés, qui n’ont pas besoin d’être activement transférés à Malte sous une autre forme. L’équivalent italien fonctionne selon un modèle similaire et s’adresse à des arrivants fortunés sans obligation stricte de remittance.
Le régime non-dom chypriote est plus ciblé, mais offre des avantages spécifiques sur les dividendes et les intérêts, susceptibles d’être attractifs pour des entrepreneurs avec des structures de holding. Malte, en revanche, offre avec la base de remittance un cadre de planification à long terme plus flexible, puisque les revenus étrangers peuvent être conservés durablement hors de Malte sans qu’un forfait annuel fixe ne soit dû.
Le choix entre ces régimes dépend principalement de la structure des revenus, du besoin de transferts et du plan de séjour à long terme. Il n’existe pas de solution universellement supérieure.
Un client du secteur fintech, de nationalité belge, détenait via une structure de holding des participations dans trois pays et percevait l’essentiel de ses revenus sous forme de dividendes ainsi que par la vente imminente d’une participation. Après un examen préalable de son profil, le cabinet a recommandé Malte, dans le cadre du TRP, comme résidence fiscale. La cession, réalisée après le transfert de résidence, a été qualifiée de plus-value étrangère et a été entièrement exonérée à Malte, y compris après le transfert d’une partie du produit sur un compte maltais. L’ensemble de la structure a été opérationnel en quatre mois, contrat de location et immatriculation fiscale compris. Ce qui a le plus surpris le client a posteriori : non pas l’économie en soi, mais la simplicité de la solution.
Le travail avec les clients fait apparaître un profil récurrent pour lequel Malte convient particulièrement bien : des entrepreneurs dont l’activité est organisée à l’international, qui n’ont pas besoin d’un ancrage physique fort dans un seul lieu, mais qui attachent de l’importance à une résidence dans l’UE juridiquement sûre. En se rendant à Malte deux fois par an, en y conservant un appartement loué, en tenant une documentation fiscale irréprochable et en utilisant un compte européen comme canal de remittance, on peut maintenir la structure durablement avec un effort raisonnable.
Ce qui distingue Malte d’autres régimes, ce n’est pas tant l’effet sur le papier que sa robustesse en pratique : le système existe depuis des décennies et est considéré, dans la pratique du conseil, comme un modèle de résidence de l’UE établi, avec une forte prévisibilité juridique. Cela dit, les évolutions légales et administratives doivent toujours être vérifiées au cas par cas et de manière actuelle. Cette stabilité apporte une sécurité de planification particulièrement précieuse sur des horizons longs.
Une résidence sans substance fiscale ne constitue pas une base solide. Quiconque affiche une adresse maltaise mais séjourne en réalité en Allemagne, en France ou dans un autre État de l’UE, tout en y conservant le centre de sa vie, s’expose à une reprise fiscale complète par les autorités du pays d’origine. Cela concerne notamment les entrepreneurs allemands, qui ne doivent pas négliger, en cas de départ, les règles relatives à l’imposition limitée élargie selon le § 2 AStG.
De plus : une carte de résident maltaise, à elle seule, ne crée pas le statut non-dom. La résidence fiscale à Malte dépend toujours des faits concrets. La présence physique, des séjours documentés ainsi que les liens personnels et économiques sont des éléments centraux en pratique, mais ne suffisent jamais isolément : c’est l’ensemble qui compte. Négliger ces fondamentaux revient à évoluer dans une zone grise qui ne résiste pas à un contrôle fiscal.
Malte n’est ni une solution provisoire ni un pis-aller pour ceux qui n’ont pas de meilleur plan. C’est un modèle de résidence réfléchi et juridiquement sécurisé au sein de l’Union européenne, conçu pour la réalité des entrepreneurs internationaux et des particuliers fortunés. La combinaison de l’imposition sur base de remittance, de l’exonération totale des plus-values, de l’absence de régime d’impôt sur les successions et d’un réseau solide de CDI fait de Malte l’un des rares sites de l’UE capables de tenir durablement, tant sur le plan fiscal que structurel.
Quiconque envisage sérieusement de transférer sa résidence fiscale devrait considérer Malte non comme une option de repli, mais comme une première option avec une forte probabilité de concrétisation.
Réservez dès maintenant votre premier entretien gratuit et clarifiez avec nous comment intégrer Malte de manière optimale à votre structure de holding ou de patrimoine existante.
Oui. Les ressortissants de l’UE, de l’EEE et de la Suisse peuvent, via The Residence Programme (TRP), établir une résidence fiscale à Malte et bénéficier eux aussi de l’imposition sur base de remittance, avec un taux forfaitaire de 15 % sur les revenus étrangers remittés.
Oui. Les plus-values provenant de sources situées hors de Malte ne sont en général pas imposées à Malte, que les fonds correspondants soient transférés sur un compte maltais ou non.
Il n’existe pas d’obligation stricte de séjour minimum à Malte. En revanche, vous ne devez pas passer plus de 183 jours par an dans un autre État unique et y créer une obligation fiscale concurrente. Une présence physique à Malte, documentable, reste toutefois recommandée.