On décrit volontiers le Liechtenstein comme un port sûr. Mais qu’est-ce que cela signifie pour quelqu’un qui souhaite sécuriser l’œuvre de sa vie ? La fondation liechtensteinoise est souvent présentée comme une solution universelle, mais elle révèle sa véritable valeur surtout lors du transfert patrimonial sur le long terme. Il s’agit ici de sécurité juridique, sans mauvaises surprises.
Ce guide apporte de la clarté. Nous nous concentrons sur les faits concrets, des coûts de constitution et des frais récurrents jusqu’à l’utilisation opérationnelle, afin que vous puissiez évaluer si ce modèle s’intègre à votre stratégie.
La Principauté du Liechtenstein n’est pas membre de l’UE, mais elle fait partie de l’Espace économique européen (EEE). Ce statut donne accès aux marchés de capitaux et aux services financiers européens, tout en conservant une législation fiscale autonome. Ce n’est pas un détail : c’est un élément structurel déterminant. Le Liechtenstein n’est pas tenu de suivre l’harmonisation fiscale de l’UE, tout en bénéficiant de son cadre économique.
S’y ajoutent la stabilité politique du pays, un socle réglementaire solide et une autorité de surveillance financière reconnue à l’international. Pour qui ne veut pas cacher des avoirs, mais les organiser de manière juridiquement sûre, c’est l’endroit adéquat.
Après sa constitution, la fondation devient elle-même propriétaire juridique des actifs apportés. Ni le fondateur ni les bénéficiaires ne disposent de droits de propriété directs, même si les bénéficiaires peuvent, selon la rédaction du règlement, obtenir des droits de créance opposables.
Acte de fondation et règlement de fondation : l’acte est le document accessible au public qui définit l’objet de la fondation. Le règlement fixe les détails, notamment les bénéficiaires, les modalités de distribution et la gouvernance. Il n’est pas public.
Conseil de fondation : le conseil de fondation doit compter au moins deux membres. Au moins l’un d’eux doit être un fiduciaire ou un avocat agréé au Liechtenstein, disposant d’un établissement professionnel dans la Principauté. En pratique, cette fonction est généralement assurée par un prestataire fiduciaire local.
Capital minimum : le droit liechtensteinois exige un capital minimum de 30 000 CHF (ou l’équivalent en EUR ou USD). En pratique, une fondation n’a toutefois un sens économique qu’à partir de patrimoines nettement plus importants, typiquement dès environ 500 000 euros.
L’impôt sur les sociétés liechtensteinois s’élève forfaitairement à 12,5% sur les revenus opérationnels. C’est l’un des taux les plus bas d’Europe, très inférieur aux taux courants en Allemagne, en Autriche ou aux Pays-Bas.
Les dividendes et les plus-values provenant de participations qualifiées sont toutefois, en principe, exonérés d’impôt. Sous certaines conditions, les fondations peuvent en outre être qualifiées de Private Asset Structures et ne sont alors soumises qu’à un impôt minimum annuel actuellement de 1 800 CHF.
Le patrimoine privé apporté à la fondation et conservé en son sein ne génère pas d’impôt récurrent. La fondation, en tant que structure de détention, évite ainsi une imputation directe sur le patrimoine du fondateur et permet une imposition des revenus nettement plus avantageuse que la plupart des alternatives européennes.
Un client basé à Londres, propriétaire d’un portefeuille d’immeubles commerciaux en Europe et aux États-Unis, faisait face à un défi fiscal majeur. Son patrimoine était historiquement regroupé au sein d’une structure holding britannique complexe. Alors que les revenus courants étaient déjà fortement imposés, le véritable scénario catastrophe était l’Inheritance Tax (IHT) britannique. Avec un taux de 40% sur le patrimoine mondial, une crise de liquidités menaçait en cas de succession, ce qui aurait forcé la vente d’actifs immobiliers essentiels.
En étroite coordination avec ses conseillers fiscaux, nous avons transféré le portefeuille dans une fondation familiale liechtensteinoise. Cette étape a dissocié juridiquement la propriété de la succession personnelle du fondateur. Les revenus courants sont désormais imposés au niveau de la fondation au taux modéré de 12,5%, ce qui renforce considérablement le cash-flow destiné au réinvestissement.
Pour les enfants en tant que bénéficiaires, cela signifie : ils reçoivent des distributions planifiées, tandis que le cœur du patrimoine immobilier demeure protégé, indivisible, sur plusieurs générations. Selon la structure concrète et le moment du transfert, une telle mise en place peut apporter des avantages significatifs en matière de planification successorale. Toutefois, les règles britanniques relatives à l’Inheritance Tax ainsi que les dispositions anti-évitement pertinentes doivent être examinées avec soin et mises en œuvre en concertation avec des fiscalistes britanniques. Tout a été déclaré en toute transparence auprès du HMRC. La structure ne repose pas sur l’anonymat, mais sur une logique juridique supérieure.
L’effet protecteur d’une fondation liechtensteinoise repose sur un principe juridique central : le patrimoine apporté à la fondation est juridiquement séparé de la personne du fondateur. Un créancier agissant contre le fondateur à titre personnel ne peut pas accéder directement aux actifs de la fondation, pour autant que le transfert n’ait pas eu lieu dans le cadre d’un acte susceptible d’être contesté.
Le Liechtenstein prévoit en outre un délai clair : les transferts d’actifs vers une fondation peuvent, sous certaines conditions, être contestés au titre de la protection des créanciers. Les délais applicables dépendent du fondement juridique concerné et peuvent s’étendre sur plusieurs années, notamment si une intention de préjudice ou de fraude est démontrée.
Pour les entrepreneurs familiaux, la fondation est également intéressante du point de vue de la succession. Au lieu de transférer une entreprise ou un patrimoine immobilier par héritage, la fondation peut agir comme détenteur durable. Les bénéficiaires reçoivent des distributions conformément au règlement, sans fragmentation de la base patrimoniale. Le patrimoine reste structurellement intact.
En pratique, on distingue au Liechtenstein la fondation privée classique et la fondation familiale. La différence essentielle tient à l’objectif :
La fondation privée sert le fondateur lui-même en tant que bénéficiaire principal ou poursuit un objectif général. Elle est souvent utilisée pour détenir des placements financiers, des biens immobiliers ou des participations dans des sociétés.
La fondation familiale vise explicitement l’entretien et le soutien de la famille du fondateur. Elle est particulièrement adaptée à la transmission ordonnée du patrimoine sur plusieurs générations, sans mettre le capital en péril dans des conflits successoraux.
Les deux variantes relèvent du même régime fiscal, mais peuvent être configurées de manière individuelle en matière de gouvernance et de règles internes. Le choix dépend du patrimoine concret, des bénéficiaires et de l’horizon temporel.
Sur le plan juridique, les fondations familiales au Liechtenstein sont en général classées comme des fondations d’utilité privée, puisqu’elles servent des bénéficiaires déterminés et ne poursuivent pas un but d’intérêt général.
Une fondation liechtensteinoise n’est pas un instrument de fraude fiscale ni une cachette anonyme pour des avoirs. Le Liechtenstein a pleinement mis en œuvre la norme internationale d’échange automatique d’informations (Common Reporting Standard, CRS). Les administrations fiscales de l’État de résidence du fondateur reçoivent des informations sur les comptes et structures auxquels des contribuables résidents participent économiquement.
Toute personne qui constitue une fondation doit respecter, dans son pays d’origine, les obligations de déclaration correspondantes. En Allemagne, par exemple, la loi sur la fiscalité extérieure peut s’appliquer ; en Autriche, les obligations déclaratives prévues par la loi européenne sur les obligations de déclaration sont pertinentes. Ignorer ces aspects n’entraîne pas une économie d’impôt, mais des rappels d’impôts avec intérêts et, le cas échéant, des conséquences pénales.
La fondation ne déploie ses effets que si elle est mise en place dans le respect des règles et en totale transparence. Tout autre scénario n’est plus une structuration, mais simplement de la fraude fiscale.
D’après la pratique du conseil, on peut identifier trois types de mandats pour lesquels la fondation apporte régulièrement une réelle valeur ajoutée :
Entrepreneurs avant un exit : ceux qui souhaitent céder leur participation dans une société opérationnelle peuvent, sous certaines conditions, traiter la plus-value de cession de manière fiscalement nettement plus avantageuse si la participation a été transférée au préalable à la fondation. Le timing et l’exécution sont déterminants.
Personnes fortunées disposant d’un important portefeuille de titres : la charge fiscale réellement supportée dépend largement de la résidence fiscale du fondateur et des bénéficiaires. Même si les fondations liechtensteinoises sont en principe soumises à un impôt sur les sociétés de 12,5%, il faut également tenir compte des règles d’imputation fiscale ainsi que de l’imposition des distributions dans l’État de résidence des personnes concernées.
Entrepreneurs familiaux avec planification successorale : ceux qui ne souhaitent pas vendre leur entreprise, mais la conserver pour la famille, utilisent la fondation comme détenteur intergénérationnel. La génération suivante reçoit des distributions sans pouvoir exercer de droit de regard direct sur les décisions entrepreneuriales, si le règlement le prévoit ainsi.
Dans le conseil, nous constatons souvent qu’au départ l’attention se porte presque exclusivement sur des revenus du capital quasi exonérés d’impôt. Mais, en matière de protection des actifs, les indicateurs fiscaux ne représentent que la moitié de la réalité. Qui veut préserver un patrimoine sur plusieurs générations a avant tout besoin de solidité juridique et d’une structure capable de résister à la pression internationale.
Le Liechtenstein n’est pas un terrain d’expérimentation pour les optimiseurs fiscaux, mais un lieu pour ceux qui recherchent une solution définitive. Alors que de nombreuses juridictions « rapides » doivent régulièrement modifier leurs lois sous la pression de l’OCDE ou de l’UE, la fondation liechtensteinoise offre une stabilité devenue rare aujourd’hui.
Il ne s’agit pas d’échapper au fisc du pays d’origine, car cela ne fonctionne de toute façon plus dans un monde d’échange automatique d’informations. Il s’agit d’organiser la propriété de sorte qu’elle ne soit ni broyée par l’arbitraire politique, ni par des conflits privés, ni par les successions.
Un conseil bienveillant tiré de notre pratique : n’investissez pas dans une structure que vous devez sans cesse expliquer ou justifier auprès de l’autorité de surveillance. Une fondation au Liechtenstein est un signal clair envoyé aux administrations fiscales : ici, le travail est professionnel et transparent. Par ailleurs, le patrimoine est transmis aux générations suivantes avec une charge fiscale réduite.
La protection patrimoniale exige de la clairvoyance et de la discrétion. Nous serons heureux d’examiner, lors d’un entretien confidentiel, si la fondation liechtensteinoise correspond à vos objectifs. Prenez rendez-vous dès maintenant.
Non. Le fondateur peut conserver sa résidence dans n’importe quel pays. La fondation elle-même est établie au Liechtenstein et doit y disposer d’une substance suffisante, notamment via un conseil de fondation local.
Les coûts annuels liés au conseil de fondation, à la comptabilité, à l’audit et aux obligations de registre se situent typiquement entre 10 000 et 20 000 CHF, selon la complexité et la taille du patrimoine. Pour des patrimoines inférieurs à 500 000 EUR/CHF, la structure est généralement peu rentable.
Oui, les revenus immobiliers liechtensteinois sont soumis à l’impôt sur les sociétés ordinaire de 12%. En revanche, pour les biens immobiliers situés à l’étranger, la convention de double imposition applicable s’applique, ce qui peut conduire à des résultats différents selon le pays.
En règle générale, les revenus locatifs sont imposés là où ils sont générés. Si un bien loué se trouve par exemple en France, les revenus y sont imposés. Selon la CDI, ils ne sont alors pas imposés une seconde fois au Liechtenstein.