Imposition forfaitaire en Suisse : pour qui elle fonctionne encore — et pour qui elle ne convient plus vraiment
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Imposition forfaitaire en Suisse : pour qui elle fonctionne encore — et où se situent ses limites

Imposition forfaitaire en Suisse : pour qui elle fonctionne encore — et où se situent ses limites
18 mars 2026

L’imposition forfaitaire suisse — souvent appelée à l’international lump-sum taxation ou expenditure-based taxation — a attiré pendant des années de nombreux nouveaux arrivants fortunés. Le principe de base paraît simple : ce n’est pas le revenu mondial réel qui sert de référence, mais le train de vie. En pratique, le dispositif est toutefois devenu nettement plus complexe. Et pour certaines nationalités, ce n’est aujourd’hui plus du tout la solution élégante telle qu’elle est fréquemment présentée.

Pour les Allemands en particulier, le point est crucial : l’imposition forfaitaire n’est pas supprimée en Suisse de manière générale, mais du point de vue des conventions de double imposition (CDI), elle fonctionne de façon bien plus limitée qu’auparavant, surtout lorsqu’il s’agit de faire valoir des avantages conventionnels. Toute personne imposée au forfait en Suisse qui souhaite revendiquer des bénéfices issus de certaines CDI doit satisfaire à des exigences supplémentaires et se heurte, selon la configuration, à des restrictions. C’est précisément pour cette raison que, pour les Allemands, le modèle n’est plus, dans bien des cas, la solution standard d’autrefois. Des limitations similaires s’appliquent aussi à d’autres États comme l’Autriche, la Belgique, la France, l’Italie, la Norvège, le Canada et les États-Unis.

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Ce qu’est réellement l’imposition forfaitaire suisse

Officiellement, il s’agit d’une taxation simplifiée destinée aux ressortissants étrangers qui résident en Suisse, n’y exercent pas d’activité lucrative et établissent un domicile fiscal en Suisse pour la première fois ou après une absence d’au moins dix ans. Toute personne qui devient citoyen suisse ou qui commence une activité lucrative en Suisse perd l’accès à ce mode d’imposition. Les taux d’imposition ordinaires continuent de s’appliquer — seule la base de calcul est déterminée différemment.

L’impôt est alors calculé sur la base des dépenses annuelles de train de vie du contribuable et des membres de sa famille à charge, en Suisse et à l’étranger. En outre, il existe des montants minimums et un calcul de contrôle : l’impôt ne peut pas être inférieur à l’impôt calculé selon les règles ordinaires sur certains revenus suisses et sur les revenus pour lesquels un allègement est revendiqué au titre d’une convention de double imposition. C’est précisément ce calcul de contrôle qui fait basculer de nombreux dossiers transfrontaliers.

Pourquoi le modèle s’est resserré sur les plans politique et juridique

L’imposition forfaitaire est politiquement controversée en Suisse depuis des années. Zurich l’a supprimée à la suite d’une votation populaire avec effet au 1er janvier 2010. D’autres cantons — Bâle-Ville, Schaffhouse et Appenzell Rhodes-Extérieures — ont suivi. Dans le canton de Bâle-Campagne, l’imposition d’après la dépense n’a en revanche pas été totalement supprimée ; elle n’est possible que l’année d’arrivée et jusqu’à la fin de la période fiscale en cours. D’autres cantons ont maintenu l’imposition d’après la dépense, parfois avec des exigences plus strictes, notamment Lucerne, Saint-Gall et Thurgovie. Comme la pratique cantonale diffère, chaque situation devrait être examinée individuellement dans le canton concerné.

Autrement dit : même au sein de la Suisse, la situation n’est pas identique partout. Quiconque s’intéresse au sujet doit considérer non seulement le droit fédéral, mais aussi le canton en question. Une formule générale du type « En Suisse, on peut simplement être imposé au forfait » est aujourd’hui tout simplement trop approximative.

Le point décisif : les conventions de double imposition

Le point vraiment sensible ne se situe toutefois pas en Suisse même, mais à l’interface avec les conventions de double imposition (CDI). Selon un document officiel du Secrétariat d’État suisse aux questions financières internationales, les personnes imposées au forfait sont en principe considérées comme résidentes en Suisse. Mais, dans le cadre de certaines CDI, l’impôt suisse sur le revenu d’une personne physique doit satisfaire à des exigences minimales pour que cette personne puisse seulement bénéficier des avantages conventionnels. Le document cite expressément la Belgique, l’Allemagne, la France, l’Italie, le Canada, l’Autriche, la Norvège et les États-Unis.

C’est le cœur du problème. Le modèle n’est donc pas « interdit » aux Allemands, mais, du point de vue conventionnel, il est devenu nettement moins attractif pour eux lorsque des revenus allemands, un patrimoine allemand ou des retenues à la source allemandes entrent en jeu. Il en va, par analogie, de même pour les personnes d’Autriche, de Belgique, d’Italie, de France, de Norvège, du Canada et des États-Unis. Dans tous ces cas, le statut suisse classique d’imposition au forfait ne suffit souvent pas pour emporter automatiquement l’ensemble des avantages des CDI.

Pourquoi, pour les Allemands, cela ne convient souvent plus

Dans les situations allemandes, le sujet est particulièrement présent parce que beaucoup d’expatriés germanophones ne s’installent pas en Suisse en coupant totalement et « proprement » les liens. Il subsiste souvent des actifs, distributions, participations, pensions, biens immobiliers ou d’autres revenus allemands. Dès que l’on veut utiliser des allègements au titre de la CDI Allemagne–Suisse, la question devient délicate. En effet, dans ces cas, la Suisse exige en pratique que certains revenus étrangers soient intégrés dans le calcul de contrôle suisse.

C’est précisément pourquoi de nombreux conseillers résument aujourd’hui ainsi : « Pour les Allemands, l’imposition forfaitaire classique n’est plus vraiment un modèle. » Juridiquement, c’est une formulation trop générale — mais, dans la pratique, elle vise souvent juste. Un Allemand qui s’installe en Suisse et y vit sous imposition forfaitaire ne bénéficie plus automatiquement de l’ancienne combinaison entre régime spécial suisse et pleine utilisation des CDI.

Quels pays sont aujourd’hui également restreints

Si l’on présente le sujet correctement, il ne faut donc pas parler uniquement de l’Allemagne. Actuellement, les pays suivants sont particulièrement concernés :

  • Allemagne — fortement limité dès lors que l’on tient compte des revenus allemands et des avantages de CDI.

  • Autriche — également dans le groupe des États avec des exigences renforcées au titre des CDI.

  • Belgique — figure explicitement parmi les pays avec des exigences particulières.

  • France — ici aussi, la seule imposition forfaitaire ne garantit pas automatiquement un plein confort conventionnel.

  • Italie — même problématique ; les avantages conventionnels exigent une prise en compte fiscale plus large en Suisse.

  • Norvège, Canada, États-Unis — également mentionnés officiellement dans ce groupe.

La nuance importante est donc la suivante : pour ces pays, l’imposition forfaitaire n’a pas forcément « disparu », mais elle n’est plus utilisable librement et sans contrainte dès lors que l’on intègre la dimension conventionnelle.

Pour qui le modèle peut encore être intéressant

Pour autant, l’imposition forfaitaire suisse n’est pas morte. Elle peut rester intéressante pour des personnes étrangères fortunées qui :

  • s’installent en Suisse pour la première fois ou après une longue absence,

  • n’y travaillent pas,

  • n’ont pas à intégrer des revenus de source compliqués provenant d’États à CDI problématique,

  • et recherchent surtout un environnement fiscal stable et prévisible dans un canton donné.

Surtout pour les personnes sans liens étroits avec les États mentionnés, le modèle peut encore fonctionner. Mais c’est tout autre chose que l’ancien discours marketing selon lequel « la Suisse » serait largement ouverte aux HNWI internationaux et réglerait tous les problèmes. Ce n’est plus vrai ainsi aujourd’hui.

Un autre point que beaucoup négligent

On oublie souvent que l’imposition forfaitaire est appliquée différemment selon les cantons. À cela s’ajoute que tous les cantons suisses ne souhaitent pas défendre ce modèle avec la même vigueur sur le plan politique. Le fait que plusieurs cantons l’aient totalement supprimé montre que la Suisse n’affiche en interne aucune position uniforme. Ainsi, se fier uniquement à un article général sur la Suisse conduit vite à une perception erronée.

Conclusion

L’imposition forfaitaire suisse existe toujours, mais c’est aujourd’hui un modèle bien plus étroit et plus technique qu’autrefois. Pour les Allemands, elle n’a pas entièrement disparu, mais, dans de nombreux cas concrets, elle n’est plus la solution privilégiée d’hier, car la dimension CDI limite fortement les avantages. Il en va de même pour les personnes ayant des liens avec la Belgique, la France, l’Italie, l’Autriche, la Norvège, le Canada et les États-Unis.

Quiconque s’intéresse au sujet ne devrait donc pas demander : « L’imposition forfaitaire existe-t-elle encore en Suisse ? » La meilleure question est : « Puis-je encore l’utiliser de manière pertinente compte tenu de mon pays d’origine et de mes sources de revenus ? »

C’est précisément là que le marketing se distingue d’une véritable planification fiscale.

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