La France instaure une imposition ciblée fondée sur la nationalité
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La France instaure une imposition ciblée fondée sur la nationalité : ce que la loi 2026 signifie pour les Français de l’étranger

La France instaure une imposition ciblée fondée sur la nationalité : ce que la loi 2026 signifie pour les Français de l’étranger
22 janv. 2026

Jusqu’ici, quiconque quittait la France partait généralement du principe qu’un départ mettait fin à l’assujettissement illimité à l’impôt, dès lors que le centre de vie était effectivement transféré à l’étranger. Ce principe de base demeure. Toutefois, avec la loi de finances 2026, la France a introduit une nouvelle règle fiscale visant les revenus très élevés et, pour la première fois, explicitement rattachée à la nationalité française.

La France se rapproche ainsi, dans une certaine mesure, d’un « principe d’imposition universelle » connu surtout aux États-Unis, mais de manière nettement plus limitée et spécifiquement ciblée sur les très hauts revenus.
La question est désormais la suivante : qui est concerné et que s’applique-t-il réellement après le départ ?

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Imposition nationale liée à la nationalité : que prévoit la loi de finances française 2026 ?

Dans le cadre du Projet de loi de finances pour 2026, un ajout à l’article 4 bis du Code général des impôts a été adopté. Il prévoit que, sous certaines conditions, les ressortissants français peuvent, après leur départ, continuer à être imposés en France pendant une période de dix ans.

La mesure ne s’applique que si plusieurs conditions sont remplies simultanément :

  • nationalité française

  • au moins trois années de résidence fiscale en France au cours des dix années précédant le départ

  • départ vers un État dont la fiscalité est inférieure de plus de 40 % au niveau français

  • revenus supérieurs à cinq fois le plafond annuel de la sécurité sociale (actuellement plus de 230 000 € par an)

Point déterminant : l’imposition ne vise que la part de revenus au-delà de ce seuil. Il ne s’agit donc expressément pas d’une imposition générale fondée sur la nationalité pour tous les Français de l’étranger.

En outre, un crédit d’impôt au titre de l’impôt payé dans l’État de résidence est prévu. L’objectif n’est pas de créer une double imposition classique, mais plutôt une imposition complémentaire visant à atteindre le niveau français.

Cela signifie-t-il une imposition comme aux États-Unis ?

Non. La France n’instaure pas un système complet de taxation fondée sur la citoyenneté.

Alors que les États-Unis imposent en principe tous leurs citoyens quel que soit leur lieu de résidence, le modèle français est :

  • dépendant du niveau de revenu

  • limité dans le temps à dix ans

  • restreint aux États à faible fiscalité

  • applicable uniquement aux hauts revenus

Il s’agit d’une mesure ciblée destinée à lutter contre l’« exil fiscal », c’est-à-dire les départs motivés par la fiscalité de personnes très fortunées.

Quel lien avec l’Exit Tax ?

La nouvelle mesure ne remplace pas l’Exit Tax existante.

L’Exit Tax continue de s’appliquer en cas de participations importantes ou de patrimoine financier significatif, lorsque des gains latents sont réputés réalisés et imposés au moment du départ. Elle vise les actifs.

La nouvelle règle de la loi de finances 2026 vise au contraire les revenus courants : salaires, revenus du capital ou revenus patrimoniaux au-delà du seuil indiqué.

Les deux dispositifs peuvent théoriquement s’appliquer en parallèle, mais ils concernent des situations fiscales différentes.

Quand un « État à faible fiscalité » est-il caractérisé ?

La nouvelle mesure vise les États dont la fiscalité est inférieure de plus de 40 % au niveau français.

Il ne s’agit pas d’une liste de pays figée, mais d’un calcul comparatif fondé sur l’imposition effective :

  • des revenus du travail

  • des revenus de capitaux

  • des revenus patrimoniaux

La qualification dépend donc du profil fiscal concret. En pratique, les pays traditionnellement à faible fiscalité ou les États sans impôt sur le revenu seront typiquement dans le viseur.

Au sein de l’UE, l’application devrait dans de nombreux cas être limitée par les conventions fiscales contre la double imposition.

Cela s’applique-t-il aussi aux expatriés « ordinaires » ?

Pour la grande majorité des citoyens français vivant à l’étranger, la nouvelle règle ne change pratiquement rien. L’imposition fondée sur la nationalité adoptée dans la loi de finances 2026 est expressément conçue en fonction des revenus et suppose plusieurs conditions cumulatives.

Quiconque reste en dessous du seuil de revenu pertinent, ne s’installe pas dans un État à fiscalité nettement plus faible ou ne remplit pas les conditions de durée de résidence n’entre pas dans le champ de cette nouvelle disposition.

Dans ces situations, le régime classique de l’imposition limitée continue de s’appliquer. Cela signifie : seuls les revenus ayant un lien avec la France sont imposés, par exemple des loyers provenant d’immeubles situés en France ou certains revenus de capitaux de source française.

La seule nationalité française, à elle seule, n’entraîne pas d’obligation fiscale supplémentaire pour des niveaux de revenus moyens.

L’orientation politique de la réforme est clairement tournée vers les très hauts revenus. Elle vise notamment les cas où des revenus importants sont transférés vers des États à charge fiscale nettement inférieure.

Pour les salariés, retraités ou entrepreneurs aux revenus modérés, le système actuel reste globalement inchangé.

L’objectif politique vise clairement les très hauts revenus.

Qu’est-ce qui demeure applicable indépendamment de la nouvelle règle ?

Indépendamment de l’imposition fondée sur la nationalité désormais introduite, les outils fiscaux existants demeurent pleinement en vigueur. Cela inclut notamment l’Exit Tax, qui s’applique en cas de participations importantes et capte les plus-values latentes au moment du départ. Cette règle concerne toujours les actifs, et non les revenus courants.

De même, l’imposition des revenus de source française reste inchangée. Quiconque continue, après son départ, à louer des biens immobiliers en France ou à détenir des participations dans des sociétés françaises peut rester soumis à l’impôt français.

Il en va de même pour l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), lorsque le patrimoine immobilier net situé en France dépasse le seuil légal.

En matière de droits de succession et de donation, des points de rattachement à une ancienne résidence ou à des biens situés en France subsistent également.

La nouvelle disposition ne remplace pas ces mécanismes ; elle ne fait que les compléter. Elle ajoute un élément supplémentaire au système existant, calibré pour des configurations spécifiques de hauts revenus.

Contexte politique

L’exposé des motifs de l’amendement concerné montre clairement que la mesure vise avant tout à lutter contre les départs motivés par la fiscalité.

Le législateur invoque l’objectif de limiter l’évasion fiscale, d’empêcher ce que l’on appelle le « dumping fiscal » et de renforcer la souveraineté fiscale de la France. Selon cette logique, les très hauts revenus ne devraient pas pouvoir échapper au niveau d’imposition français par un simple changement de résidence.

Parallèlement, le débat politique souligne que la règle doit rester compatible avec les conventions fiscales existantes et ne pas créer une double charge intégrale.

L’introduction de cette imposition ciblée fondée sur la nationalité s’inscrit ainsi dans un débat européen plus large, où l’on discute de plus en plus de la manière dont les États peuvent imposer des revenus très élevés même après un transfert de résidence.

Concrètement, cela signifie que, si la situation change peu pour la majorité des Français de l’étranger, les besoins de planification et de vérification augmentent nettement pour les ressortissants très fortunés.

Quelles conséquences pratiques ?

Pour les ressortissants français très fortunés envisageant de transférer leur résidence vers des États à faible fiscalité, la planification fiscale devient nettement plus complexe.

Il convient notamment d’examiner :

  • le niveau des revenus futurs

  • le pays de destination et sa charge fiscale effective

  • la durée de la résidence antérieure en France

  • la possible imputation des impôts étrangers

  • les interactions avec l’Exit Tax

À l’avenir, un simple départ ne suffira pas nécessairement, en cas de très hauts revenus, à se soustraire totalement à la compétence d’imposition française.

Conclusion : la France durcit de manière ciblée, mais pas de façon généralisée

La France n’instaure pas une imposition forfaitaire de tous ses citoyens vivant à l’étranger.

Néanmoins, avec la loi de finances 2026, une imposition ciblée, dépendante des revenus et fondée sur la nationalité a été adoptée pour les très hauts revenus. Elle s’applique pendant dix ans après le départ et ne concerne que les cas de revenus importants et de départ vers des États à fiscalité nettement plus faible.

Pour les expatriés « ordinaires », peu de choses changent. Pour les hauts revenus, en revanche, le besoin d’analyse fiscale augmente considérablement.

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