L’Espagne attire des milliers d’expatriés allemands grâce à son climat méditerranéen, à l’immobilier encore abordable et à des dispositifs comme le Golden Visa ou le visa pour nomades numériques. Mais la réalité fiscale devient vite un obstacle : un impôt sur la fortune pouvant aller jusqu’à 3,5 % sur le patrimoine mondial, des taux d’impôt sur le revenu jusqu’à 54 % et de fortes disparités régionales rendent souvent le pays plus coûteux que l’Allemagne pour les patrimoines élevés. Dans certaines régions, des entrepreneurs très fortunés disposant de plus d’un million d’euros d’actifs supportent chaque année des dizaines de milliers d’euros d’impôts, tandis que l’impôt allemand de départ (§ 6 AStG) n’est, du fait de l’appartenance à l’UE, en principe que reporté. Ce guide complet présente les taux actuels pour 2026, des exemples concrets, des stratégies d’optimisation et les interactions avec la fiscalité allemande, sur la base des dernières orientations du BMF, des réformes régionales et des règles de la convention fiscale (DBA).
L’Espagne impose les résidents fiscaux (définis comme les personnes séjournant 183 jours ou plus par an, ou ayant leur centre de vie dans le pays) sur leurs revenus et leur patrimoine mondiaux. En Allemagne, après le départ, seule subsiste en général une obligation fiscale limitée. L’impôt sur le revenu (IRPF, Impuesto sobre la Renta de las Personas Físicas) est fortement progressif : cadre national allant de 19 % pour des revenus jusqu’à 12 450 € à 47 % à partir de 300 000 €. Les communautés autonomes peuvent en outre appliquer des surtaxes. Madrid atténue l’imposition à 21–45,5 %, tandis que la Catalogne la durcit à 25–50 %.
L’impôt sur la fortune (Impuesto sobre el Patrimonio) s’applique à partir d’un abattement minimum de 700 000 € (niveau national) avec des taux de 0,2 à 3,5 %. Les régions adoptent des approches très différentes : Madrid et l’Andalousie exonèrent de fait via des rabais de 100 % ou des abattements élevés ; Valence porte en 2026 l’abattement à 1 million d’euros ; la Catalogne maintient un seuil de 500 000 € avec un taux pouvant atteindre 3,48 %. Un prélèvement de solidarité s’ajoute au-delà de trois millions d’euros et peut atteindre 3 %. La convention contre les doubles impositions (DBA) Allemagne–Espagne règle les éventuels conflits : les pensions sont imposées en Espagne à 19–47 % (avec une imposition partielle en Allemagne), les loyers subissent une retenue à la source de 19 % (imputable en Allemagne), et les plus-values sont taxées à 19–28 %.
Les droits de succession et de donation varient de manière extrême : Madrid exonère totalement les héritiers hors UE de l’impôt, tandis que l’Andalousie accorde un abattement jusqu’à 1 million d’euros pour les enfants (0 à 7,65 %). La Catalogne prélève jusqu’à 32 % plus les taux régionaux. L’impôt sur les sociétés espagnol est de 25 % (nouveau : 15 % pour les startups pendant deux ans). Et la loi Beckham pour les nouveaux résidents prévoit : un taux forfaitaire de 24 % sur les revenus du travail de source espagnole jusqu’à 600 000 € (six ans, condition : <5 ans de résidence UE auparavant).
Type d’impôt | Impôt sur le revenu | Impôt sur la fortune | Succession (enfants) | Plus-values |
Allemagne (taux max.) | 45 % + 5,5 % soli | 0% | 7-50 % | 25 % prélèvement forfaitaire |
Espagne national (2026) | 19-47 % | 0,2-3,5 % à partir de 700 k € | 7-34 % + région | 19-28 % |
Exemple Madrid | 21-45,5 % | Exonération à 100 % | 0 % hors UE | 19-26 % |
Exemple Catalogne | 25-50 % | 0,21-3,48 % à partir de 500 k € | 7-32 % + région | 19-28 % |
Type d’impôt | Impôt sur le revenu | Impôt sur la fortune | Succession (enfants) | Plus-values |
L’impôt sur la fortune frappe le patrimoine net mondial des résidents fiscaux au-delà d’un abattement de 700 000 € (national, art. 28 Ley IP) avec des taux progressifs de 0,2 % (jusqu’à 167 129 €) à 3,5 % (au-delà de 10,7 M€). En outre, les autonomies régionales créent des oasis et des pièges : Madrid suspend totalement l’impôt (rabais de 100 %, sans limite), l’Andalousie n’en prélève pratiquement plus depuis 2022 (rabais) et les Canaries accordent un abattement de 700 000 € avec exonération pour la location touristique. Valence porte en 2026 l’abattement régional à 1 million d’euros (au lieu de 500 000 €), les Baléares (Majorque) offrent 3 millions d’euros d’abattement et la Catalogne seulement 500 000 € avec des taux pouvant atteindre 2,75 %.
L’évaluation immobilière en Espagne utilise la valeur cadastrale multipliée par des coefficients (1,1 à 2,0), ce qui conduit souvent à une valeur supérieure au prix de marché. Une maison avec une valeur cadastrale de 500 000 € peut ainsi ressortir à 800 000 €. La résidence principale (vivienda habitual) est déductible jusqu’à 300 000 €. Des Allemands disposant de 2 millions d’euros de patrimoine (1 M€ immobilier, 1 M€ titres) paient en Catalogne environ 25 000 € par an, à Valence (2026) zéro (après abattement) et à Madrid zéro. À 5 millions d’euros, le prélèvement de solidarité de 1,7 à 3 % s’ajoute.
Des pièges liés à l’impôt de départ apparaissent parce que l’Allemagne ne fait que reporter l’imposition des plus-values latentes, alors que l’Espagne taxe immédiatement la valeur patrimoniale complète. Sans planification minutieuse, cela peut entraîner une double charge.
Calcul détaillé pour 3 M€ de patrimoine (2026, célibataire, hors résidence principale 300 k €) :
Madrid : 0 € (rabais 100 %)
Valence : abattement 1 M€ → 0 € (nouveau 2026)
Canaries : abattement 700 k€ → 18 000 € (1,2 %)
Andalousie : abattement 700 k€ → 15 000 € (effectivement réduit)
Catalogne : abattement 500 k€ → 32 000 € (1,6 %)
Baléares : abattement 3 M€ → 0 €
L’impôt sur le revenu IRPF en Espagne englobe, pour les résidents fiscaux, les revenus mondiaux du travail, du capital, les loyers et les pensions. Le barème national est progressif : 19 % jusqu’à 12 450 €, 24 % de 12 450 à 20 200 €, 30 % de 20 200 à 35 200 €, 37 % de 35 200 à 60 000 €, 45 % de 60 000 à 300 000 € et 47 % au-delà de 300 000 €. Des surtaxes régionales s’ajoutent : Madrid va de 21 à 45,5 %, l’Andalousie jusqu’à 49 %, la Catalogne de 25 à 50 % et Valence jusqu’à 54 % prélèvement de solidarité inclus.
Les revenus locatifs sont imposés à un taux net de 19 à 47 % après déduction des charges, la convention fiscale prévoyant une retenue à la source espagnole de 19 % imputable en Allemagne. Les retraités allemands sont imposés en Espagne sur leurs pensions à 19–47 %, car selon l’article 18 de la DBA, l’Espagne dispose en premier lieu du droit d’imposition. Les impôts sur les plus-values s’élèvent à 19–28 % et peuvent représenter 19–26 % lors de la vente d’un bien immobilier.
La loi Beckham, officiellement Régimen Especial Impatriados, permet aux nouveaux arrivants n’ayant pas eu de résidence UE au cours des cinq dernières années d’être imposés à un taux forfaitaire de 24 % sur les revenus du travail de source espagnole jusqu’à 600 000 €, puis 47 % au-delà, tandis que les revenus étrangers restent exonérés pendant six ans. Le visa de nomade numérique offre, lui, un taux de 15 % sur les revenus jusqu’à 600 000 € pendant quatre ans, l’impôt sur la fortune s’appliquant toutefois intégralement.
Exemple : 200 000 € de revenus annuels (pension 50 k, loyers 100 k, capital 50 k) :
Madrid : ~75 000 € (38%)
Catalogne : ~95 000 € (47,5%)
Avec Beckham : 48 000 € (24% sur la part travail)
En tant que membre de l’UE, l’Espagne bénéficie du report sans intérêts de l’impôt allemand de départ jusqu’à la vente des participations, ou d’un paiement échelonné jusqu’à sept ans avec garanties (réforme ATAD 2022). En cas de retour dans les 7 ans, l’impôt est annulé rétroactivement.
Un inconvénient décisif tient au fait que l’impôt espagnol sur la fortune s’applique parallèlement à l’impôt allemand de départ : pour deux millions d’euros de plus-values latentes, l’Allemagne reporte l’impôt conformément au § 6 AStG, tandis que l’Espagne prélève immédiatement 20 000 à 60 000 € par an sur la valeur patrimoniale totale. L’optimisation peut inclure, par exemple, un transfert vers une holding avant le départ, l’usage de la loi Beckham pour les revenus ainsi que le choix d’une résidence à Madrid avec exonération de l’impôt sur la fortune à 100 %.
Madrid est en tête : rabais de 100 % sur l’impôt sur la fortune (illimité depuis 2022), IR 21–45,5 %, succession nulle pour les non-UE (p. ex. héritiers allemands). Croissance démographique + hub d’affaires.
Canaries (Tenerife/Grande Canarie) : patrimoine exonéré à 100 % (Zona Especial Canaria), IR 47 %, succession : abattement de 47 k€ pour les enfants plus 4 % de rabais d’impôt sur les sociétés.
Valence (nouveau 2026) : abattement de 1 M€ sur le patrimoine (au lieu de 500 k), IR jusqu’à 54 %, Denia/Moraira attractives.
Baléares (Majorque) : abattement de 3 M€ sur le patrimoine, IR 49 %, succession : 3 M€ (groupe I) – luxe, mais cher.
À éviter : Andalousie (malgré 700 k d’abattement, droits de succession élevés), Catalogne (impôt sur la fortune coûteux jusqu’à 3,48 %).
Région | Impôt sur la fortune (abattement 2026) | Taux max. IR | Abattement succession (enfants) | Coût de la vie | Score expatriés |
Madrid | Illimité (rabais 100 %) | 45,5 % | Illimité hors UE | Élevé | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
Canaries | 700 k € (exonération 100 % tourisme) | 47 % | 47 k € | Moyen | ⭐⭐⭐⭐ |
Valence | 1 M € (nouveau) | 54 % | 100 k € | Moyen | ⭐⭐⭐ |
Baléares | 3 M € | 49 % | 3 M € (groupe I) | Élevé | ⭐⭐⭐ |
Andalousie | 700 k € (rabais) | 49 % | 1 M € | Faible | ⭐⭐ |
Catalogne | 500 k € | 50 % | 100 k € | Élevé | ⭐ |
Golden Visa Espagne : attractif, mais fiscalement risqué :
Le Golden Visa exige un investissement de 500 000 € dans l’immobilier ou de 1 million d’euros dans des fonds espagnols et offre immédiatement un numéro NIE, un titre de séjour et la possibilité de voyager dans l’UE.
Attention : après 183 jours de présence, vous devenez résident fiscal et votre patrimoine mondial est alors soumis à l’impôt sur la fortune (p. ex. 35 000 € par an pour 2 M€ de patrimoine hors Madrid). En tant que non-résident, vous ne payez que 24 % forfaitaires sur les revenus de source espagnole.
Visa de nomade numérique (depuis 2023) : télétravail avantageux, patrimoine coûteux :
Ce visa propose un impôt de 15 % uniquement sur les revenus jusqu’à 600 000 € (durée de quatre ans) pour du travail à distance auprès d’employeurs étrangers.
Important : le patrimoine mondial et les autres revenus (loyers, capital) sont pleinement imposés et peuvent être combinés avec la loi Beckham.
Principal piège : l’achat immobilier pour le Golden Visa augmente la valeur cadastrale et donc fortement l’impôt sur la fortune, auquel s’ajoutent 7 à 12 % de droits de mutation à l’achat.
Fixer la région (mois 1–3) : Madrid/Canaries, si achat immobilier (Golden Visa).
Gérer l’impôt de départ (mois 4–6) : demander le report, placer les actifs dans une holding (DE).
NIE + Padron (mois 7) : identifiant fiscal (2 semaines), inscription municipale.
Demander Beckham (dans les 6 mois) : 24 % sur les revenus du travail.
Protéger le patrimoine (avant d’être résident) : fondation/holding, minimiser l’évaluation cadastrale.
Utiliser DBA/DBR : imputer pensions/loyers, planifier la succession (résidence à Madrid).
Chaque année : IRPF jusqu’en juin/juillet, fortune jusqu’au 30 juin, s’appuyer sur un conseiller.
Préparation 12–18 mois : économiser 50 k€+/an.
L’Espagne promet une idylle méditerranéenne avec soleil, plages et immobilier abordable, mais confronte les expatriés à d’importants défis fiscaux : l’impôt sur la fortune jusqu’à 3,5 % anéantit, dans des régions comme la Catalogne et l’Andalousie, l’avantage financier, tandis que Madrid et les Canaries deviennent une bouée de sauvetage grâce à des exonérations complètes. L’impôt allemand de départ peut, en tant que pays de l’UE, être reporté sans intérêts, mais seule une combinaison intelligente entre planification régionale, loi Beckham et structuration patrimoniale en amont permet d’obtenir un véritable gain net par rapport à l’Allemagne.
S’expatrier en Espagne requiert une planification stratégique avec 12 à 18 mois d’anticipation afin de réduire les pièges de l’impôt sur la fortune et les risques liés à l’impôt de départ. Nos spécialistes en fiscalité internationale analysent votre situation patrimoniale, élaborent une stratégie optimisée par région incluant la loi Beckham et des structures de holding, et accompagnent la coordination avec les administrations fiscales allemandes et espagnoles.
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Les expatriés en Espagne peuvent profiter de la loi Beckham, qui offre aux nouveaux arrivants un taux forfaitaire de 24 % sur les revenus du travail de source espagnole jusqu’à 600 000 €. Les revenus étrangers restent exonérés pendant six ans. Des régions comme Madrid et les Canaries exonèrent entièrement de l’impôt sur la fortune via des rabais de 100 %. Le visa de nomade numérique réduit l’impôt sur le revenu à 15 % pour le télétravail jusqu’à 600 000 €. Les plus-values, taxées à 19–28 %, sont plus avantageuses que le prélèvement forfaitaire allemand. Des abattements comme 300 000 € pour la résidence principale atténuent aussi l’impôt sur la fortune.
Pour réduire les impôts, Dubaï ou les Émirats arabes unis conviennent avec 0 % d’impôt sur le revenu et aucun impôt sur la fortune. Le Portugal propose, dans le régime NHR, 10 % sur les pensions et 20 % sur le travail pendant 10 ans. Singapour impose de manière territoriale uniquement les revenus rapatriés, à 0–22 %. La Suisse (canton de Zoug) attire avec 11,85 % d’impôt sur le revenu et une imposition au forfait pour les fortunés. Chypre et Malte, pays de l’UE, disposent de régimes non-dom avec 0 % sur l’étranger et 12,5 % d’impôt sur les sociétés. En Espagne, Madrid exonère de l’impôt sur la fortune et constitue donc une option UE idéale avec report de l’impôt de départ.
Pour les patrimoines élevés, les impôts en Espagne sont souvent plus lourds qu’en Allemagne, surtout en raison de l’impôt sur la fortune de 0,2 à 3,5 %. Les taux marginaux de l’impôt sur le revenu atteignent 47 à 54 % selon les régions, contre 45 % plus soli en Allemagne. Les revenus du capital sont plus avantageux en Espagne à 19–28 % comparé à 26,375 % de prélèvement forfaitaire. Les revenus moyens (jusqu’à 100 000 €) paient de façon comparable ; au-delà de 300 000 €, on paie davantage en Espagne (sauf Beckham). Madrid et les Canaries créent des conditions similaires, tandis que la Catalogne est plus coûteuse. Le coût de la vie est 20 à 30 % plus bas et compense partiellement.