Exit tax en Suède : la règle des 10 ans et ses conséquences fiscales lors d’un départ
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Exit tax en Suède : la règle des 10 ans et ses conséquences fiscales lors d’un départ

Exit tax en Suède : la règle des 10 ans et ses conséquences fiscales lors d’un départ
02 avr. 2026

La Suède ne prélève pas de véritable exit tax classique, mais la « règle des 10 ans » peut encore imposer les plus-values de cession, jusqu’à une décennie après le départ, à 30 %. Ce que les entrepreneurs et les investisseurs doivent savoir.

Principe de base : pas d’exit tax classique, mais un effet comparable

Contrairement à l’Allemagne, l’Autriche ou le Danemark, la Suède ne connaît pas de taxation de départ classique, où les plus-values latentes sont réputées réalisées au moment du départ et immédiatement imposées. Le droit fiscal suédois adopte plutôt une autre approche : un droit d’imposition prolongé.

Dans la pratique, la conséquence fiscale est toutefois tout aussi lourde : même après un départ formel de Suède, Skatteverket, l’administration fiscale suédoise, peut, sous certaines conditions, faire valoir un droit d’imposition sur les gains en capital pendant une période pouvant aller jusqu’à dix ans.

Message clé

Quitter la Suède ne met pas automatiquement fin au lien fiscal. L’élément décisif n’est pas seulement la date de départ du pays, mais le moment où des parts ou des titres sont effectivement cédés.

La règle des 10 ans (Tioårsregeln) en détail

La pierre angulaire du système suédois est la Tioårsregeln — la règle des dix ans. Elle est inscrite dans la législation suédoise sur l’impôt sur le revenu (Inkomstskattelagen) et concerne les personnes physiques qui renoncent à leur domicile fiscal en Suède.

Conditions d’application

  • La personne concernée a été résidente fiscale en Suède au cours de l’année de la cession ou de l’une des dix années civiles précédentes.

  • Les actions ou titres cédés ont été acquis pendant que la personne était résidente en Suède.

  • La cession intervient après le départ, mais à l’intérieur de la fenêtre de dix ans.

Si ces conditions sont remplies, la Suède conserve le droit d’imposer la plus-value réalisée — au taux d’imposition standard de 30 %.

Traitement fiscal selon les différentes catégories d’actifs

Catégorie d’actifs

Taux d’imposition

Particularité

Actions & participations cotées

30 %

Règle des 10 ans applicable

Parts de sociétés non cotées

30 %

Le cas échéant, règles 3:12 pour les Fåmansbolag

Biens immobiliers en Suède

22 %

= 30 % sur 22/30 du gain

Dividendes (cas standard)

30 %

Retenue à la source pour les non-résidents

Dividendes issus d’un Fåmansbolag

jusqu’à 57 %

Dépassement du Gränsbelopp → revenu du travail

Intérêts

30 %

Impôt sur les revenus du capital, taux forfaitaire

Particularité : les règles 3:12 (Fåmansbolag)

Pour les associés-dirigeants de sociétés de capitaux suédoises, les règles 3:12, complexes, s’appliquent. Lorsque les dividendes dépassent le Gränsbelopp (simplifié : un montant de capital calculé), ils ne sont pas imposés à 30 %, mais en tant que revenu du travail, avec un impôt sur le revenu pouvant atteindre 57 %. Une planification correcte du Gränsbelopp est donc d’une importance majeure en cas de départ.

Lien essentiel avec la Suède : quand est-on encore considéré comme résident ?

Un autre point critique est le concept de väsentlig anknytning — le lien substantiel. Même après une radiation formelle, la Suède peut considérer que la résidence fiscale perdure si certaines attaches avec le pays subsistent.

Skatteverket prend notamment en compte :

  • La détention d’un bien immobilier en Suède (en particulier l’ancienne résidence principale)

  • La poursuite d’activités économiques, par exemple en tant que directeur d’une société suédoise

  • La famille ayant sa résidence habituelle en Suède (conjoint, enfants mineurs)

  • Une présence physique régulière (déjà une nuitée régulière par semaine pendant six mois peut conduire à une résidence)

  • La citoyenneté suédoise combinée à d’autres facteurs

Avertissement pratique

La simple radiation du registre de population suédois ne suffit pas à caractériser un départ fiscal. Ce qui compte, c’est la situation globale réelle. En pratique, il arrive fréquemment que Skatteverket ne reconnaisse pas le départ et continue à traiter la personne comme résident fiscal illimité.

Limitations dues aux conventions de double imposition (CDI)

À première vue, la règle des 10 ans paraît très étendue ; toutefois, son application pratique est, dans de nombreux cas, limitée, voire entièrement neutralisée, par les conventions de double imposition existantes.

Un problème déterminant : nombre de CDI conclues par la Suède datent d’une époque où la Tioårsregeln n’existait pas encore. Elles contiennent souvent une clause de cinq ans ou attribuent à l’État de résidence le droit exclusif d’imposer les gains en capital. Cela peut signifier que, malgré le délai national de dix ans, la Suède ne peut pas exercer son droit d’imposition de facto.

Le point de savoir si une CDI limite la règle des 10 ans dépend du cas d’espèce et exige un examen attentif de la convention concernée entre la Suède et l’État de destination.

Conseil de structuration

Le choix du pays de destination lors d’un départ de Suède constitue un levier fiscal majeur. Selon la situation conventionnelle, l’écart peut représenter plusieurs centaines de points de pourcentage de charge fiscale — ou zéro.

Réformes envisagées : une exit tax classique en discussion

La politique suédoise a abordé à plusieurs reprises la question de l’exit tax. Dès 2017, Skatteverket a présenté un projet prévoyant une réalisation fictive des gains latents lors du départ, imposée à 30 % sur les gains en capital non réalisés — mais uniquement pour les personnes ayant vécu en Suède au moins cinq années au cours des dix années précédentes, et avec un abattement de 100 000 SEK (env. 8 700 EUR). Le projet prévoyait en outre des possibilités de report de paiement pour les départs vers l’EEE.

Le projet n’a pas été poursuivi après de vives critiques, notamment de Copenhagen Economics, qui soulignait des pertes de bien-être importantes et des risques d’insolvabilité pour les détenteurs de participations illiquides. Une commission d’enquête mise en place en 2022 a de nouveau été arrêtée en 2023 par le nouveau gouvernement au nom d’une révision des priorités.

Le sujet demeure néanmoins à l’agenda politique. Quiconque quitte la Suède, ou envisage de s’y installer, devrait suivre activement l’évolution législative.

Pour qui ce sujet est-il particulièrement pertinent ?

  • Fondateurs et entrepreneurs détenant des participations dans des sociétés de capitaux suédoises (notamment des Fåmansbolag)

  • Investisseurs ayant d’importantes positions en actions ou fonds constituées pendant la résidence en Suède

  • Salariés de la tech disposant d’options sur actions ou de RSU d’entreprises suédoises ou internationales

  • Propriétaires immobiliers qui souhaitent conserver ou céder des biens suédois après leur départ

  • Personnes de retour qui reviennent s’installer en Suède après des années à l’étranger : le seuil de résidence fiscale est bas

Erreurs de planification typiques — et comment les éviter

Erreur 1 : partir sans mettre fin fiscalement à la résidence. Ceux qui laissent en Suède des biens immobiliers, leur famille ou des activités économiques risquent d’être encore considérés comme résidents malgré une radiation formelle.

Erreur 2 : vendre peu après le départ sans analyse de la CDI. Quiconque cède des parts dans les dix ans suivant le départ, sans vérifier la situation conventionnelle concrète, peut être surpris par une obligation fiscale suédoise inattendue.

Erreur 3 : sous-estimer les règles 3:12 pour un Fåmansbolag. Qui manque le bon timing pour les distributions de dividendes et les transferts de parts paie, dans le pire des cas, 57 % au lieu de 30 %.

Erreur 4 : absence de coordination transfrontalière. Si le pays de destination prélève lui aussi des impôts sur le même événement, une double imposition menace, qui n’est pas toujours entièrement neutralisée par une CDI.

Conclusion : un mécanisme différent, des conséquences fiscales tout aussi importantes

La Suède renonce à une imposition immédiate au moment du départ. Ce qui peut sembler avantageux au premier abord ne fait en réalité que repousser le problème : le droit d’imposition demeure pendant dix ans. Avec un taux de 30 % sur les gains en capital réalisés — ou jusqu’à 57 % dans le contexte des Fåmansbolag — l’enjeu économique est significatif.

Bonne nouvelle : avec une planification professionnelle et suffisamment anticipée, nombre de ces risques peuvent être fortement réduits. Le choix du bon moment pour partir, du bon pays de destination, ainsi que la cessation correcte de la résidence fiscale suédoise constituent des leviers déterminants.

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