L’échange automatique de renseignements selon la norme commune de déclaration de l’OCDE (CRS) a, de fait, mis fin au secret bancaire international. Depuis 2017/2018, plus de 100 États échangent chaque année des données sur les comptes financiers. Pour de nombreux patrimoines importants, ce n’est pas seulement un sujet technique — c’est aussi un sujet stratégique. Car sans transparence mondiale des données, une fiscalité coordonnée du patrimoine au sein de l’UE serait, politiquement comme concrètement, difficilement réalisable.
Mais comment fonctionne concrètement le CRS de l’OCDE ? Quelles données sont réellement transmises ? Et existe-t-il vraiment un lien avec d’éventuelles contributions sur le patrimoine au niveau de l’UE ou avec des registres de patrimoine ?
Cet article apporte de la structure au sujet, de manière factuelle, juridiquement étayée et sans alarmisme.
La norme commune de déclaration (CRS) a été développée par l’OCDE afin de lutter contre l’évasion fiscale via des comptes à l’étranger. L’idée est simple :
Les banques déclarent les données pertinentes des comptes à leur administration fiscale nationale, qui transmet ensuite automatiquement ces informations à l’État de résidence du titulaire du compte.
L’Allemagne reçoit donc des données sur les contribuables allemands détenant des comptes à l’étranger et, inversement, transmet des données sur les contribuables étrangers ayant des comptes en Allemagne.
Le CRS n’est pas un projet de l’UE, mais une norme mondiale. Toutefois, l’UE l’a intégré au droit européen via la « directive DAC2 ».
Dans de nombreux États participant au CRS (dont l’Allemagne), le 31 juillet constitue la date clé de déclaration :
Au plus tard à cette date, les banques et autres institutions financières doivent transmettre à l’administration fiscale nationale les données déclarables relatives à l’année précédente.
Ces données sont ensuite relayées de manière automatisée vers les États concernés.
Concrètement, cela signifie :
Le CRS n’est donc pas un outil ponctuel, mais un processus systématique de traitement de données de masse.
Une erreur fréquente : beaucoup pensent que des relevés de compte complets sont envoyés automatiquement. Ce n’est pas le cas.
Sont généralement transmis :
Nom, adresse, date de naissance
Numéro d’identification fiscale (TIN)
Numéro de compte
Solde du compte à la fin de l’année
Paiements bruts tels que intérêts, dividendes ou produits de cession
Ne sont pas transmis :
Il s’agit donc d’indicateurs financiers structurés, et non d’historiques de transactions exhaustifs.
En pratique, les problèmes liés au CRS de l’OCDE surviennent rarement parce que quelqu’un détient « secrètement » un compte, mais plutôt parce que les données d’identification, la résidence ou les classifications de structure ne sont pas correctement renseignées. Exemple classique : la banque a une ancienne adresse ou un mauvais numéro fiscal dans son système. Le compte peut alors être déclaré au mauvais État, ou des questions peuvent apparaître alors que tout est fiscalement correct. Toute personne qui déménage ou qui a plusieurs lieux de séjour devrait donc veiller rigoureusement à ce que le TIN, les justificatifs de domicile et les indications de résidence fiscale soient à jour et cohérents auprès de tous les établissements financiers.
Une deuxième erreur fréquente concerne les sociétés et les structures. Les banques doivent déterminer si une entité est « active » ou « passive », et si des bénéficiaires effectifs (« Controlling Persons ») doivent être déclarés. En particulier pour les holdings, les véhicules de gestion de patrimoine ou les structures de trading, une auto-certification erronée peut conduire à des déclarations inattendues ou à des demandes d’information qui, par la suite, sont pénibles à justifier. Point clé : ne pas classer de manière « optimiste », mais de façon réaliste selon l’activité, la structure des revenus et la substance.
Troisième point : beaucoup sous-estiment l’effet du CRS combiné aux déclarations fiscales. Le jeu de données ne contient certes pas chaque opération, mais il fournit suffisamment d’éléments pour déclencher des contrôles de plausibilité — par exemple via le rapprochement entre solde, revenus de capitaux et résidence. Ceux qui travaillent proprement n’ont rien à craindre. Ceux qui « oublient » sont aujourd’hui dans une situation nettement plus défavorable qu’il y a dix ans.
Plus de 100 États participent au CRS, dont presque tous les États membres de l’UE, des centres financiers classiques comme la Suisse ou Singapour, ainsi que de nombreuses juridictions offshore.
Les États-Unis n’y participent pas, entre autres : ils utilisent à la place leur propre système, FATCA (Foreign Account Tax Compliance Act). FATCA repose également sur l’échange de données, mais fonctionne différemment et de manière plus centrée sur les États-Unis.
Cela fait des États-Unis, d’une certaine façon, un cas particulier.
Oui, mais de manière différenciée.
La qualification déterminante est :
Entité non financière active (Active NFE)
Entité non financière passive (Passive NFE)
Les entreprises opérationnelles ayant une activité réelle sont souvent considérées comme « actives » et ne sont pas touchées dans la même mesure.
Il en va autrement pour :
Les sociétés holding
Les sociétés d’investissement « pures »
Les structures de gestion de patrimoine
Dans ces cas, les bénéficiaires effectifs sont identifiés et déclarés.
La qualification est effectuée par la banque sur la base d’une auto-certification.
Au niveau politique de l’UE, on débat régulièrement de registres de patrimoine, de contributions exceptionnelles sur le patrimoine ou de modèles d’imposition minimale.
À retenir :
Le CRS a été conçu à l’origine pour lutter contre l’évasion fiscale — pas comme un outil d’impôt sur la fortune.
Mais, de fait, le CRS crée quelque chose d’essentiel :
Une base de données mondiale standardisée sur les actifs financiers.
Sans cette transparence, une imposition transfrontalière du patrimoine serait, sur le plan administratif, difficilement réalisable.
Le CRS n’est donc pas automatiquement une « étape préalable à l’impôt sur la fortune », mais il fournit l’infrastructure technique qui rendrait de tels concepts réellement praticables.
Pour les contribuables respectueux de la loi, le CRS ne pose, en principe, pas de problème.
Cela devient problématique uniquement si :
La réalité est sobre :
Aujourd’hui, le fisc est informé des comptes à l’étranger bien plus rapidement qu’il y a dix ans.
Le focus stratégique se déplace donc de « cacher » vers « structurer proprement ».
Un sujet souvent discuté est la question suivante :
Le CRS entraîne-t-il une fuite des capitaux vers des pays non participants au CRS ?
À court terme, de tels mouvements ont existé. À long terme, la tendance est toutefois claire : le nombre de non-participants diminue. La banque sans transparence devient de plus en plus risquée sur le plan réglementaire.
Même les supposés « pays de repli » sont sous pression pour se rapprocher des standards internationaux.
En principe, dans le CRS, c’est la résidence fiscale qui compte, pas la nationalité.
Les États-Unis constituent une exception, car ils imposent leurs citoyens dans le monde entier (citizenship-based taxation). C’est pourquoi FATCA est orienté sur la citoyenneté.
Dans le CRS, en revanche, la question décisive est :
Où es-tu résident fiscal ?
Où se situe ton centre de vie ?
Et non : quelle nationalité possèdes-tu ?
Non, mais il change les règles du jeu.
La planification fiscale internationale légale reste possible.
Ce qui ne fonctionne plus, c’est :
Des comptes à l’étranger non déclarés
Des montages de façade sans substance
Des structures formelles sans logique économique réelle
Le temps de l’opacité est révolu. Le temps de la structuration propre est arrivé.
Au niveau de l’UE, outre les impôts sur la fortune, on discute aussi de registres de patrimoine. L’objectif, selon les partisans, est :
Si et quand un véritable impôt sur la fortune à l’échelle de l’UE verra le jour reste, à ce stade, incertain et politiquement controversé.
Mais un fait demeure :
Sans base de données comme le CRS, un tel projet serait, sur le plan administratif, difficilement réalisable.
Le CRS de l’OCDE n’est pas un « mécanisme secret de surveillance », mais un échange d’informations standardisé entre administrations fiscales.
Il apporte :
Des données patrimoniales structurées
Une comparabilité internationale
Des possibilités de rapprochement automatisé
Pour les contribuables en conformité, ce n’est pas un problème.
Pour les personnes fortunées, cela signifie toutefois : les structures internationales doivent être réelles, économiquement cohérentes et fiscalement irréprochables.
Le débat sur les impôts sur la fortune dans l’UE peut être émotionnel sur le plan politique — mais, techniquement, le CRS est avant tout un instrument de transparence.
Et la transparence est désormais une norme mondiale.