Quiconque souhaite transmettre ou donner un patrimoine à l’international se retrouve vite face à un enchevêtrement de règles fiscales différentes. Ce ne sont pas seulement les biens immobiliers ou les portefeuilles qui comptent, mais surtout le domicile fiscal, le moment de la transmission et la question de savoir quel État est en droit d’imposer.
Dès que le défunt/donateur ou l’héritier/donataire vit à l’étranger (ou s’y installe), plusieurs pays peuvent revendiquer un droit d’imposition. Cela peut sembler totalement « injuste » — mais c’est fréquent, car les États appliquent des principes différents : certains se fondent sur la résidence, d’autres sur la localisation du patrimoine (p. ex. un bien immobilier), d’autres encore prennent en compte la nationalité ou des règles de prolongation après le départ.
En pratique, cela conduit à deux problèmes typiques :
Double imposition : deux États veulent prélever des droits de succession ou de donation — et il n’existe pas toujours de convention qui répartit clairement les compétences.
Mauvaise planification : des familles pensent qu’un départ du pays suffit. Ou elles donnent « rapidement » des biens sans se rendre compte qu’elles déclenchent ainsi une obligation fiscale plus défavorable.
En structurant correctement les choses tôt, on peut éviter beaucoup d’écueils. En ne réagissant qu’après l’ouverture de la succession, la marge de manœuvre est nettement plus faible.
Pour les droits allemands de succession et de donation, un point est central : l’Allemagne n’impose souvent pas seulement les biens situés en Allemagne, mais, le cas échéant, le patrimoine mondial — dès lors qu’il existe une obligation fiscale illimitée. Celle-ci peut naître si au moins l’une des parties (défunt/donateur ou acquéreur) a en Allemagne un domicile ou une résidence habituelle.
À côté, il existe l’obligation fiscale limitée. Elle est, en substance, pertinente lorsque les deux parties ne sont pas (ou plus) « domestiques », mais que l’Allemagne peut tout de même intervenir en raison de certains actifs. Déclencheur classique : des biens immobiliers situés en Allemagne ou certains liens avec des entreprises.
Important : la notion de « domestique » n’est pas qu’une question d’enregistrement administratif. Il ne s’agit pas de savoir si quelqu’un s’est désinscrit auprès de la mairie, mais si la situation réelle constitue un domicile/une résidence habituelle ou déclenche un effet de prolongation.
C’est le « candidat surprise » le plus fréquent. Exemple : des parents vivent en Allemagne, l’enfant vit depuis des années à Dubaï, en Espagne ou en Suisse. Beaucoup pensent que l’Allemagne est alors hors-jeu. En réalité, c’est souvent l’inverse : si le défunt/donateur est résident en Allemagne, l’Allemagne peut appréhender le patrimoine de manière large — indépendamment du lieu de résidence de l’acquéreur.
Concrètement :
L’impôt allemand peut s’appliquer même si l’acquéreur ne met jamais les pieds en Allemagne.
L’État de résidence de l’acquéreur peut imposer en plus (selon le droit national).
Sans planification, il existe un risque de double charge ou, au minimum, un lourd travail de coordination.
Cette situation aussi est souvent sous-estimée : « Grand-mère vit depuis longtemps en Autriche, donc l’Allemagne n’a rien à voir là-dedans. » Pas forcément. Si l’acquéreur vit en Allemagne, l’Allemagne peut également se reconnaître un droit d’imposition. C’est très fréquent dans les familles « dispersées ».
Ici surgissent souvent des questions comme :
L’héritier doit-il déclarer en Allemagne alors que le patrimoine se trouve à l’étranger ?
Les biens immobiliers ou portefeuilles étrangers sont-ils pris en compte en Allemagne ?
Comment fonctionne l’imputation si un impôt est également dû à l’étranger ?
Les réponses dépendent fortement du cas concret — et c’est précisément pourquoi la préparation en amont vaut la peine.
Oui, cela arrive. Deux raisons reviennent particulièrement souvent en pratique :
Biens situés en Allemagne : détenir un bien immobilier en Allemagne maintient souvent ce patrimoine dans le champ d’imposition allemand.
Effet de prolongation après le départ : dans certains cas, l’Allemagne peut continuer, pendant un certain temps, à traiter fiscalement des personnes parties à l’étranger comme des résidents. Cela vise notamment les situations où le départ est « récent » ou lorsque des règles particulières s’appliquent.
Dire de manière générale « j’ai émigré » revient à prendre un risque inutile.
En matière d’impôt sur le revenu, les conventions de double imposition (CDI) sont presque la norme. Pour les droits de succession et de donation, c’est malheureusement beaucoup plus rare. Résultat : on ne pilote souvent pas via un système conventionnel clair, mais via des règles nationales d’imputation, des définitions de « patrimoine étranger » et la question pratique : quel impôt est réellement comparable ?
C’est précisément là que, dans la réalité, naissent les frictions :
des règles d’évaluation différentes,
des dates de référence différentes,
des « types d’impôt » différents (certains pays imposent plutôt la succession, d’autres l’acquéreur),
des possibilités d’imputation inexistantes ou limitées.
Ce n’est pas de la théorie. Ce sont les dossiers qui coûtent ensuite du temps, de l’énergie et souvent de l’argent.
Beaucoup de familles savent, en gros, qu’il existe des abattements. Ce qu’elles sous-estiment : ils ne jouent pleinement leur rôle que s’ils sont planifiés consciemment et documentés correctement.
Typiquement, par exemple :
On attend trop longtemps et on dépasse des seuils de valeur.
On donne « en une fois » au lieu de transférer par étapes.
On n’utilise pas les abattements en entier ou au mauvais moment.
On néglige des exigences de forme, notamment pour l’immobilier.
Surtout pour les donations, il est souvent possible d’agir utilement, car elles se planifient. Les successions, non.
Les donations peuvent être un outil très efficace — mais seulement si elles relèvent du bon « univers » fiscal.
Deux pièges typiques :
Périodes de transition lors d’un départ
Donner juste avant ou juste après un déménagement à l’étranger peut, sans le vouloir, déclencher précisément l’obligation fiscale que l’on cherchait à éviter. Il n’est pas rare que l’administration fiscale demande ensuite : où était réellement le centre de vie ? Y avait-il encore un logement utilisable en Allemagne ? À quoi ressemblaient les séjours et les attaches ?
Nature des actifs et localisation
Pour l’immobilier, la règle est presque partout la même : l’État où se situe l’immeuble veut imposer. Pour les participations d’entreprise ou les portefeuilles, beaucoup dépend de la structuration, du lieu de conservation et du fonctionnement des règles nationales concernées.
Un entrepreneur vit depuis peu au Portugal et souhaite donner 600 000 € à son fils, qui vit en Allemagne. Dans son esprit, c’est clair : « Je n’habite plus en Allemagne — donc cela n’y jouera aucun rôle. »
En pratique, l’Allemagne peut malgré tout être concernée, car l’acquéreur est résident en Allemagne. En plus, le nouvel État de résidence du donateur examine (selon le droit applicable) s’il existe aussi des points de rattachement. Résultat : sans analyse et structuration rigoureuse, on obtient rapidement un mélange d’obligations de déclaration, de formalités et de charges fiscales potentielles.
Le point décisif n’est pas la bonne intention, mais la logique du système : une situation internationale n’est pas automatiquement « exonérée » simplement parce que quelqu’un a déménagé.
En présence d’un élément d’extranéité, il ne faut pas planifier à l’« espoir », mais procéder à un bref état des lieux pragmatique :
Où le défunt/donateur et l’acquéreur sont-ils fiscalement résidents ? (pas seulement administrativement — en réalité)
Quels actifs sont concernés ? (immobilier, parts de GmbH, portefeuille, liquidités, art, actifs professionnels)
Où le patrimoine se situe-t-il juridiquement ? (localisation des immeubles, siège/lieu des participations, dépositaire)
Y a-t-il plusieurs droits d’imposition ? (Allemagne + État de résidence + État de situation)
Quels documents existent ? (évaluations, contrats, justificatifs, documents bancaires)
Quel est l’objectif ? (réduire l’impôt, éviter les conflits, sécuriser les besoins, conserver le contrôle)
Ces questions paraissent simples, mais elles font la différence entre une solution « propre » et une régularisation coûteuse.
« Se désinscrire suffit » : on confond abandon du domicile et exonération fiscale.
« Ce n’est que la famille » : les situations familiales sont justement examinées strictement sur le plan fiscal.
« On fera ça plus tard » : après l’ouverture de la succession, les options sont souvent très limitées.
« Nous avons un testament » : un testament ne résout pas les problèmes fiscaux — il ne fait que régler la répartition.
« C’est à l’étranger, donc invisible » : la transparence internationale et les flux de données augmentent ; en outre, les points de rattachement naissent souvent du fait des parties impliquées, pas de la visibilité.
Les successions et donations avec dimension internationale ne sont plus un sujet marginal — c’est le quotidien. En structurant sa situation suffisamment tôt, on réduit non seulement l’impôt, mais on gagne surtout en sécurité de planification pour la famille.
Nous aidons à qualifier précisément la configuration, à identifier les risques de double imposition et à élaborer une solution juridiquement sûre et pragmatique.