Créer une entreprise en tant que nomade numérique : impôts, sociétés à l’étranger et pièges juridiques
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Créer une entreprise en tant que nomade numérique : ce que vous devez savoir sur le plan juridique et fiscal

Créer une entreprise en tant que nomade numérique : ce que vous devez savoir sur le plan juridique et fiscal
07 janv. 2026

Travailler depuis n’importe où, explorer le monde et diriger en même temps sa propre activité : pour beaucoup, c’est la définition même de la liberté. En tant que nomade numérique, vous pouvez exercer votre activité sans contrainte de lieu. Mais dès que vous créez une entreprise, émettez des factures ou gérez une société à l’étranger, des règles juridiques et fiscales s’appliquent — et il est essentiel de les connaître et de les respecter.

Agir sans préparation expose à des rappels d’impôts, à une double imposition ou à des problèmes juridiques. Dans cet article, vous découvrirez les points auxquels vous devez particulièrement prêter attention lorsque vous créez une entreprise en tant que nomade numérique.

Que signifie créer une entreprise en tant que nomade numérique ?

Le terme « nomade numérique » désigne des personnes qui travaillent principalement en ligne et changent régulièrement de pays. Juridiquement, cette catégorie n’existe toutefois pas. Pour les autorités et l’administration fiscale, ce ne sont ni le style de vie ni la présence sur les réseaux sociaux qui comptent, mais des critères objectifs tels que :

•  Où avez-vous votre domicile ?

•  Où séjournez-vous principalement ?

•  Depuis quel endroit dirigez-vous réellement votre entreprise ?

Ces facteurs déterminent où vous êtes imposable et quel droit national s’applique à votre activité entrepreneuriale.

Règle fiscale de base : le domicile et la réalité des faits sont déterminants

Selon le droit allemand, vous êtes en principe assujetti à l’impôt sur le revenu de manière illimitée si vous avez un domicile en Allemagne ou votre résidence habituelle en Allemagne. (§ 1 Abs. 1 EStG).

Il ne s’agit pas seulement du statut d’enregistrement administratif, mais des circonstances réelles :

•  Un domicile existe lorsque vous disposez d’un logement et le conservez dans des conditions laissant apparaître qu’il est utilisé (§ 8 AO). L’élément décisif est toujours le fait de détenir le logement dans des circonstances montrant qu’il est conservé et effectivement utilisé ; le fait de posséder une clé n’est qu’un indice, et non un critère unique.

•  Une résidence habituelle est en règle générale établie si vous séjournez plus de six mois en Allemagne (§ 9 AO), les interruptions de courte durée n’étant pas préjudiciables.

Ainsi, même en cas de séjour prolongé à l’étranger, une obligation fiscale en Allemagne peut continuer d’exister.

Dans ce contexte, on cite souvent la fameuse règle des 183 jours. Elle ne constitue toutefois pas un test général de résidence fiscale. Elle joue surtout un rôle dans les conventions de double imposition — par exemple pour l’imposition des salaires — et y est liée à d’autres conditions.

Remarque : la limite de six mois pertinente en droit allemand au titre du §9 AO (résidence habituelle) doit être distinguée de la

« règle des 183 jours » souvent mentionnée en fiscalité internationale dans les conventions de double imposition. Les deux dispositifs poursuivent des objectifs différents et ne conduisent pas automatiquement aux mêmes résultats.

Peut-on, en tant que nomade numérique, vivre légalement sans payer d’impôts ?

En pratique, une obligation fiscale naît généralement dans au moins un État. L’idée répandue selon laquelle des changements fréquents de pays permettraient de rester durablement non imposable résiste rarement à une analyse juridique.

Il faut toutefois distinguer :

Être imposable ne signifie pas automatiquement qu’un impôt doit effectivement être payé. Le fait de devoir payer et le montant dépendent notamment du niveau de revenus, des abattements, des déductions et des taux d’imposition nationaux applicables.

Une obligation fiscale peut notamment apparaître lorsque :

•  un domicile est conservé en Allemagne,

•  la direction effective d’une entreprise est exercée depuis l’Allemagne, ou

•  des séjours prolongés dans un autre État y fondent une obligation fiscale.

S’agissant des sociétés étrangères, le lieu de direction effective est déterminant. Il se définit par l’endroit où les décisions entrepreneuriales essentielles sont réellement prises (§ 10 AO) — et non par le siège statutaire de la société. Dans des structures à distance, ce lieu correspond souvent au domicile ou au lieu de séjour de la personne qui agit.

Ainsi, si une OÜ estonienne (SARL estonienne) est créée mais dirigée de facto depuis l’Allemagne, la société peut devenir imposable en Allemagne — indépendamment du siège formel à l’étranger.

Créer une entreprise en tant que nomade numérique : quelles options existent ?

Création d’une société à l’étranger

De nombreux nomades numériques optent pour la création d’une société à l’étranger, par exemple en Estonie ou en Irlande. L’E-Residency estonienne est particulièrement connue : elle permet de créer et d’administrer une société entièrement en ligne.

Avantages possibles :

•    structure d’entreprise professionnelle

•    capacité à opérer à l’international

•    processus administratifs numériques

•    accès facilité à des prestataires de paiement

Il est toutefois important de comprendre :

L’E-Residency ne crée pas un statut fiscal propre. Ce qui compte reste le lieu où vous êtes personnellement résident fiscal et l’endroit où se situe la direction effective de votre entreprise.

Déclaration d’activité dans le pays d’origine

Si vous vivez principalement en Allemagne ou travaillez depuis l’Allemagne, l’enregistrement d’une activité (Gewerbe) en Allemagne peut être la voie la plus sûre sur le plan juridique. Même en présence d’une société à l’étranger, une obligation fiscale allemande peut naître si :

•    le lieu de direction effective se trouve en Allemagne,

•    des décisions entrepreneuriales essentielles y sont prises, ou

•    l’activité opérationnelle est exercée majoritairement depuis l’Allemagne.

Selon la structure, cela peut conduire soit à une imposition illimitée de la société en Allemagne, soit à la création d’un établissement stable en Allemagne. Un établissement stable peut exister même sans bureau classique, par exemple via le siège de direction effective ou des installations fixes effectivement utilisées pour l’activité.

Selon la forme juridique ou la structure, le seul lieu de direction peut déjà entraîner une imposition illimitée de la société, indépendamment du fait qu’un établissement stable soit également constitué. Ces deux critères de rattachement doivent être examinés séparément sur le plan fiscal.

Double imposition et conventions de double imposition (CDI)

Pour les entreprises actives à l’international, il peut arriver que plusieurs États revendiquent simultanément le droit d’imposer. Pour éviter une double imposition, il existe entre de nombreux États des conventions dites de double imposition (CDI).

Elles règlent notamment :

•    quel État dispose du droit d’imposer,

•    comment les revenus sont attribués,

•    comment éviter une double imposition.

L’application d’une CDI est complexe et dépend toujours du cas concret. En particulier en cas de lieux de séjour changeants et d’activité internationale, un conseil fiscal individualisé est fortement recommandé.

Risques fiscaux typiques pour les nomades numériques

Quiconque crée une entreprise en tant que nomade numérique devrait notamment tenir compte des points suivants :

•    Un domicile en Allemagne entraîne souvent une assujettissement illimité à l’impôt.

•    Des séjours prolongés dans d’autres pays peuvent y créer des obligations fiscales supplémentaires.

•    Le lieu de direction effective est déterminant pour l’imposition de la société.

•    Sans documentation rigoureuse des séjours, des activités et des processus décisionnels, des rappels, intérêts ou amendes peuvent être encourus.

En pratique, il est donc conseillé de constituer une documentation traçable, par exemple via un calendrier, des documents de voyage, des contrats de location, des réservations de vol ou d’autres justificatifs, afin de pouvoir prouver la réalité des faits.

De nombreux problèmes ne proviennent pas d’une mauvaise intention, mais d’une méconnaissance du cadre juridique.

Pays populaires auprès des nomades numériques

De nombreux États proposent des programmes de visa spécifiques pour les nomades numériques, notamment l’Estonie, la Croatie, le Portugal ou l’Espagne. Ces visas facilitent le séjour et autorisent souvent l’exercice d’une activité à distance pour des donneurs d’ordre ou employeurs étrangers.

Il est toutefois important de noter :

Le droit au séjour et la résidence fiscale constituent deux analyses juridiques distinctes et ne sont pas automatiquement liées. En outre, l’emploi local dans l’État de séjour est, pour de nombreux visas « digital nomad », expressément exclu ou limité. Ici aussi, tout dépend de la configuration concrète du visa concerné.

Autres points juridiques à vérifier : TVA et sécurité sociale

Outre l’impôt sur le revenu et la structure sociétaire, les nomades numériques doivent également garder à l’esprit d’autres domaines, notamment :

•    TVA (VAT) : pour les prestations transfrontalières — en particulier les services numériques — le lieu de prestation peut, selon la situation, se situer chez le client. Pour les prestations B2C au sein de l’UE, cela peut entraîner des obligations d’immatriculation ou le recours au guichet unique (OSS).

•    Sécurité sociale : selon le statut (p. ex. salarié, indépendant, dirigeant) et le lieu d’activité, des obligations de cotisation peuvent naître dans l’État de résidence, l’État d’activité ou sur la base d’accords bilatéraux/internationaux.

Ces sujets sont hautement individuels et doivent toujours être examinés dans le cadre d’une activité transfrontalière.

Conclusion : la liberté nécessite une structure juridique

Créer une entreprise en tant que nomade numérique offre de nombreuses opportunités — mais implique aussi des risques juridiques et fiscaux. Ce ne sont pas le style de vie ou l’envie de voyager qui comptent, mais des facteurs objectifs :

•    Où vivez-vous ?

•    Où séjournez-vous principalement ?

•    Depuis où dirigez-vous réellement votre entreprise ?

Les sociétés à l’étranger et l’E-Residency peuvent être des outils pertinents, mais elles ne suppriment pas automatiquement les obligations fiscales. Pour travailler durablement en toute sécurité juridique, il est conseillé de faire planifier sa structure professionnellement et suffisamment tôt.

Check-list pour les nomades numériques :

Points importants avant la création

1.     Mon domicile est-il organisé de manière juridiquement sûre ?

2.     Dans quel pays suis-je résident fiscal ?

3.     Où se trouve le lieu de direction effective de mon entreprise ?

4.     Une société à l’étranger est-elle vraiment pertinente pour mon modèle économique ?

5.     Quelles conventions de double imposition me concernent ?

6.     Est-ce que je documente suffisamment mes séjours et mes activités ?

7.     Ai-je obtenu un conseil fiscal et juridique individualisé ?


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